Chabatdabada
Le 16 avril 2023
Comédie numérique portée par un casting efficace et une mise en scène inventive, #JeSuisLà permettra au public familial de passer un moment divertissant, mais s’égare trop pour être pleinement convaincant.


- Réalisateur : Éric Lartigau
- Acteurs : Alain Chabat, Camille Rutherford, Jules Sagot, Doona Bae, Blanche Gardin, Ilian Bergala
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h38
- Date télé : 16 avril 2023 21:00
- Chaîne : France 2
- Date de sortie : 5 février 2020

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Résumé : Stéphane mène une vie paisible au Pays Basque entre ses deux fils, aujourd’hui adultes, son ex-femme et son métier de chef cuisinier. Le petit frisson dont chacun rêve, il le trouve sur les réseaux sociaux où il échange au quotidien avec Soo, une jeune sud-coréenne. Sur un coup de tête, il décide de s’envoler pour la Corée dans l’espoir de la rencontrer. Dès son arrivée à l’aéroport de Séoul, un nouveau monde s’ouvre à lui…
Critique : En s’offrant dans un même film les services du scénariste Thomas Bidegain, avec qui il avait déjà co-écrit La famille Bélier, ainsi que d’Alain Chabat et de Blanche Gardin, Éric Lartigau, à qui l’on devait déjà l’hilarant Mais qui a tué Pamela Rose ?, avait mis d’emblée tous les atouts de son côté, pour pouvoir réaliser une comédie à la fois drôle et touchante. De fait, les deux acteurs ont rarement été aussi cocasses, et Alain Chabat, que le réalisateur retrouve quinze ans après Prête-moi ta main, s’était rarement montré aussi efficace : à soixante-deux ans, alors qu’il n’a, depuis cinq ans, joué de premier rôle que dans un film réalisé par ses soins, il réussit encore à faire preuve d’une inventivité et d’une justesse qui forcent le respect.
- Copyright : Gaumont Distribution
Le long-métrage n’est toutefois pas qu’un feel-good movie : après Selfie, sorti sur nos écrans le 15 janvier, qui traitait de l’addiction aux réseaux sociaux, #JeSuisLà, dont le titre-dièse fait explicitement référence aux nouveaux modes de communication, se propose de traiter à son tour des illusions et désillusions que peuvent susciter les échanges numériques, en racontant les déboires d’un quinquagénaire qui tombe éperdument amoureux de Soo, une Sud-Coréenne avec qui il n’entretient pourtant qu’une relation virtuelle. Ce sujet, inspiré d’un fait divers, offre à Éric Lartigau l’occasion de jolies trouvailles visuelles, les messages postés par les deux personnages apparaissant à l’écran en surimpression, et lui permet de mener une réflexion légitime sur l’homo numericus que font actuellement naître Internet et les smartphones.
- Copyright : Gaumont Distribution
Le souci est toutefois que le réalisateur ne se limite pas à ce sujet pourtant déjà porteur, et réalise pour ainsi dire trois films en un, chacun semblant, tant par sa photographie que par son ton, fonctionner de manière quasiment autonome : le premier se déroule au Pays basque et nous fait partager les questionnements existentiels d’un homme confronté à la crise de la cinquantaine ; le second, intégralement tourné à l’aéroport d’Inchon, reprend le principe (et certains motifs) du Terminal, pour en faire une fable absurde sur les paradoxes des réseaux sociaux ; le troisième, qui suit Stéphane dans les rues de Séoul, constitue une manière de remake de Lost in Translation, dont la moralité rappelle la nécessité de rester à l’écoute des autres. Et tandis qu’Éric Lartigau tire chacun de ces trois tiroirs, il saupoudre son récit de considérations sur l’art culinaire, les nouvelles sexualités ou encore la common decency, qui permettent, certes, à son film d’être dans l’air du temps, mais en diluent fatalement le propos.
- Copyright : Gaumont Distribution
Le réalisateur, qui s’adresse avant tout à un public français pour lequel la Corée du Sud représente le comble de l’exotisme, semble en outre davantage considérer ce pays comme un espace de fiction que comme un pays réel : l’aéroport d’Inchon semble ainsi fonctionner comme une sorte de monde inversé, tel jadis l’Égypte chez Hérodote, et la ville de Séoul se trouve la plupart du temps réduite aux cartes postales qu’en proposerait un film promotionnel. On aurait d’ailleurs préféré que Doona Bae, la plus internationale des actrices coréennes, à qui Park Chan-wook, Bong Joon-ho et Hirokazu Kore-eda avaient su confier des rôles forts, n’en soit pas réduite, comme tous les acteurs asiatiques du film, à jouer les utilités. Il n’en reste pourtant pas moins que, si l’on réussit à se laisser porter par ce film somme toute sympathique, on ne passe pas fondamentalement un mauvais moment.