Insensibles
Le 20 mai 2020
Sur le mode de l’autodérision, Michael Haneke nous ressert tous ses vieux leitmotivs dans un best-of satisfait et acrimonieux. Petit jeu de massacre en territoire bourgeois aussi réflexif que stérile.


- Réalisateur : Michael Haneke
- Acteurs : Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz , Aurélia Petit, Laura Verlinden, Toby Jones, Dominique Besnehard, Franz Rogowski, Fantine Harduin
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Autrichien
- Distributeur : Les Films du Losange
- Durée : 1h50mn
- Date télé : 20 mai 2020 20:50
- Chaîne : Arte
- Reprise: 30 octobre 2024
- Box-office : 85 024 entrées France / 28 461 entrées Paris Périphérie
- Date de sortie : 4 octobre 2017
- Festival : Festival de Cannes 2017

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Résumé : "Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles." Instantané d’une famille bourgeoise européenne.
Critique : En intitulant son film "Happy End", Michael Haneke joue sur une résonance. Comme s’il poussait le spectateur assidu à se remémorer le seul autre titre de sa filmographie à se revendiquer aussi nettement de l’humour noir : "Funny Games". Cela tombe bien car Happy End se présente justement comme une sorte de jeu masochiste. Une récréation - dont l’objet consiste bien entendu à clouer au pilori les monstres que nous dissimulons derrière les apparences - cette fois articulée sous la forme d’un film-somme où Michael Haneke glisse des références à la plupart de ses films. À l’observateur dès lors de les égrainer un à un. En découle une collision entre Benny’s Video pour la petite Eve et sa distorsion de la réalité induite par les vidéos, Caché pour tous les plans séquences claustro, La Pianiste pour la musicienne perverse, ou encore Amour pour le coup de l’oreiller. Mais le champ peut aussi s’élargir avec Code inconnu s’agissant de l’incommunicabilité des protagonistes, ou avec Le Septième Continent pour le versant diktat de la société de consommation. Ceci étant, la nécessité de rappeler l’intemporalité et l’universalité de ces motifs et figures ne vire-t-elle pas à la tautologie crasse ?
- Copyright Les Films du Losange
En réduisant l’action du spectateur à ce seul jeu de piste morbide, le cinéaste autrichien s’attaque cette fois aux lectures cinéphiles découlant de son œuvre. Prenant les tentatives d’analyse à contrepied, il élude tout échappatoire et le regard ne peut alors que se conformer à son joug. Manière également sans doute pour le cinéaste de réactualiser ses thématiques sociétales et politiques pour mieux souligner leur caractère visionnaire. Problème : à l’image du chien que filme Haneke aboyant derrière une porte vitrée et close, le spectateur se retrouve plus que jamais cloisonné, enfermé dans un dispositif. Chantre de la provocation, le réalisateur veut donner le sentiment d’une structure éparse façonnée en dilettante. La théorie, pourtant, l’emporte de nouveau sur la seule superfétation selon laquelle le contemporain ne serait qu’un tissu d’abominations, d’ethnocentrismes et d’obscénités. S’interrogeant inlassablement et avec urgence sur la morale et la responsabilité de chacun quant au chemin emprunté par l’Europe - dans l’espace social tout autant que face aux images dans sa version intangible - Haneke produit des plans d’une réflexivité abyssale. Mais cette énième récursivité cynique et acerbe ne tourne-t-elle pas seulement sur elle-même ?
– Film présenté en compétition du Festival de Cannes 2017