Le 24 mai 2021
Ballade aux odeurs moussues de pétrichor, ce livre est une errance dans le passé de l’auteur, flânerie dans une forêt hantée par les gouttes et les fantômes, fantômes qui frôlent un lecteur égaré, happé par la fulgurance troublante de ce texte, plus proche d’un long poème que d’un roman.


- Auteur : Fouad El-Etr
- Collection : Blanche
- Editeur : Gallimard
- Genre : Poésie, Roman
- Nationalité : Libanaise
- Date de sortie : 6 mai 2021
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

L'a lu
Veut le lire
Résumé : À l’origine de ce récit, l’escapade de trois jeunes gens dans une vieille demeure, Bois Clair, où allaient se graver ces scènes primitives de l’amitié et de l’amour, comme un Âge d’or et d’innocence, au fond d’une forêt d’automne battue de pluie et poésie. Pour ne pas gâcher l’amitié et l’amour, ni couper trop tôt sa prose juvénile de l’émotion qui l’avait fait naître, il aura fallu au narrateur poursuivre le plus loin possible son voyage initiatique après la mort de ses amis, le jeune homme et Diane, et leur image roussie, de l’autre côté.
Critique : Fouad El-Etr, semble-t-il, est autant l’auteur que le narrateur de ce récit sublime, éthéré, aux effluves terreux de l’air forestier après l’orage. Il faut accepter, en ouvrant En mémoire d’une saison de pluie, de ne jamais parvenir à pénétrer l’histoire, le bal envoûtant et confondant des personnages qui paraissent émergés de la mémoire du poète, nous entraînant à leur suite, dans leurs pas. L’auteur revient sur cet automne qui vit naître sa vocation et son amour, son obsession pour les vers, et celle pour ce couple sur le point de se former. Les identités sont mouvantes, les pronoms ne désignent pas toujours la même silhouette, plongeant le lecteur dans une sorte de songe dionysiaque hanté par des réminiscences, par les spectres de ceux qui ne sont plus. Le trio amoureux du début voit donc les affections se métamorphoser, sans que le lecteur ne parvienne tout à fait à suivre ce ballet, préférant se laisser porter par la musique des mots, des gouttes tombant sur les feuilles, de la canopée effleurée par le vent.
Fouad El-Etr offre une errance dans les bois, une immersion brumeuse, aérienne et d’une beauté à couper le souffle, sur les traces de deux amants sans nom et aux contours éphémères, lui et elle bientôt autres, Diane et Apollon, nymphe et dieu, s’égarant sous les branches, se perdant dans la pluie. Ses chapitres vont et viennent entre la demeure où, jeune homme, il séjourne avec des amis, la forêt aux portes de la maison de famille, une route entre montagne et ravin avalée par une voiture affolée emplie de buée, la chambre triste d’un couvent habitée par une amoureuse passionnée, le présent voilé par les ombres des esprits qui le visitent. Il rend ainsi hommage à Annie Leclerc et Nicos Poulantzas, jamais nommés mais apparaissant au fil des indices disséminés dans ce texte tout en finesse, voyage dans un sous-bois, où la syntaxe poétique égare autant que les formes qui y dansent. L’auteur est poète, éditeur, depuis cinquante ans, et ce premier roman est ainsi un long poème en vers, inspiré par son passé et ses fantômes, ses souvenirs et ses songes.
Fouad El-Etr - En mémoire d’une saison de pluie
Gallimard
304 pages
140 x 205 mm
20 euros