Le 20 août 2020
D’une plume à la fois légère et étouffante, poétique et prosaïque, Vinca Van Eecke oppose la France des villes à celle des campagnes, enrobe de torpeur et de la lumière poudrée d’août une histoire qui s’approche du roman social, sans jamais l’embrasser complètement.


- Collection : Cadre rouge
- Editeur : Editions du Seuil
- Genre : Roman & fiction, Roman
- Nationalité : France
- Date de sortie : 20 août 2020

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Résumé : Est de la France, L., les années 1990. Leur chemin se croisent alors qu’ils ont quatorze ans. Elle, la narratrice, "la bourge", passe ses étés dans la maison de famille de ses parents, quittant la ville pour le dépaysement et l’indolence offerts par la campagne. Eux, "les autres", vivent là toute l’année, ont quitté l’école et font les quatre cents coups, entre la paresse et l’envie de vitesse. Elle devient dès lors la fille de la bande.
Critique : Des kilomètres à la ronde est à la fois lumineux et sombre, à la manière d’une clairière où les branches laisseraient passer des bulles de soleil. À L., les adolescents tournent en rond sur leurs mobylettes, font les quatre-cents coups, boivent et fument, s’amusent pour combattre l’ennui, à tout prix. L’ennui qui immobilise, qui paralyse, l’ennui qui tue. Désabusée, cette jeunesse attire pourtant la narratrice, la fascine. Elle passe ses étés dans la maison de famille auprès de ses parents, mais s’éclipse à la moindre occasion pour rejoindre les garçons de la bande. Mallow et Reno, Phil et Chuck, Buddy et Jimmy. Seule silhouette féminine, elle idolâtre ses protecteurs bagarreurs qui ont quitté l’école et tentent de raccrocher la vie comme ils peuvent, à coup d’apprentissage, de CDD vite expédiés, de métiers appris et oubliés.
L’été baigne les bâtisses décrépies d’une douce lumière dorée. Les souvenirs qui s’étalent sur la page racontent une époque, une indolence tranquille et bientôt dangereuse. Si juillet permet de tout effacer, la fin août rappelle les différences entre elle et eux, entre « la bourge » et « les autres ». À quatorze ans, rien ne sépare des corps bronzés et avides de paresse, vite éclipsée par l’envie de vitesse. Mais plus les années passent, plus la fracture sociale s’accentue. Elle étudie, lit, dévore poèmes et classiques littéraires tandis qu’ils traînent, se promettent de quitter le village et sa misère à peine implicite mais restent, stagnent. S’ennuient.
D’une plume hybride, capable de mêler poésie et métaphores ciselées aux jurons adolescents, de fusionner courts énoncés prosaïques et phrases longues qui s’enroulent sur la page, Vinca Van Eecke signe un premier roman puissant, semblable à la brûlure des rayons du soleil d’août et à la douce lourdeur qui s’empare des membres un après-midi d’été. Aucune fausse note ne vient ternir l’éclat de cette pépite, à part peut-être le fourmillement des garçons, dont les caractères se confondent et se chevauchent parfois. Sans misérabilisme aucun, l’auteure écrit le roman des oubliés, de ceux qui n’ont pas osé faire éclater leur colère en même temps que les habitants des banlieues, s’éloignant de l’atmosphère parfois sinistre de Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu pour lui préférer une teinte moins triste – quoique.
Vinca Van Eecke - Des kilomètres à la ronde
Seuil
240 pages - 18 €