Le 8 juillet 2020
Roberto Saviano achève en beauté le diptyque initié par Piranhas. Rythme effréné et morts en pagaille, la chance pourrait bien avoir tourné en défaveur des membres de la paranza, semblables à des héros tragiques contemporains.


- Auteur : Roberto Saviano
- Editeur : Folio
- Genre : Roman
- Nationalité : Italienne
- Date de sortie : 4 juin 2020
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

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Résumé : L’appel de la vengeance est plus fort que celui de l’amour ; l’appel de l’argent, plus puissant que celui du pouvoir. Au sommet de leur gloire, Nicolas et les siens prennent de plus en plus de risques pour obtenir plus, toujours plus, au risque de détruire ceux qu’ils aiment... Le baby-gang napolitain continue à imposer sa loi, gagnant quartier après quartier et prenant l’ascendant sur les familles camorristes ancestrales. Mais la jeunesse peut-elle gagner à tous les coups ?
Critique : Suite et fin du diptyque initié par Piranhas, Baiser féroce symbolise le déclin là où le tome précédent représentait l’ascension. À trop s’approcher du soleil, l’Icare napolitain pourrait bien se brûler les ailes…
La démesure des ambitions, la folie des grandeurs, l’appât du gain et du pouvoir. Voilà ce qui motivent Nicolas, alias Maharaja, et sa paranza. Ils ont grandi, ils ont tué, ils ont trahi et l’ont été. Le héros voue une confiance aveugle à certains, ne pense pas à craindre pour sa vie, se méfie des mauvais noms, scelle des alliances dangereuses et oublie que « seul l’argent compte ». Pas la grandeur, ni le trône, ni même l’importance du réseau. Les amitiés ne sont jamais certaines, le sol est mouvant, instable sous les pas pourtant assurés de celui qui se voit déjà roi de Forcella.
Les points de vue, plus nombreux que dans Piranhas, apportent davantage de relief au roman, qui accuse pourtant des personnages trop similaires les uns aux autres, pas assez creusés. Se focalisant sur la réalité qu’il dépeint d’une main de maître, Roberto Saviano oublie que ses protagonistes gagneraient à se voir attribuer des traits plus distinctifs. Ils se mélangent dans la tête du lecteur qui, au fond, se concentre plus sur Maharaja, sans prêter réelle attention à ceux qui l’entourent – ce qui vient contredire la volonté exprimée par ces changements de focale. Ces derniers permettent néanmoins une compréhension plus vive de l’histoire et du cercle infernal composé par les familles camorristes.
Roberto Saviano replonge ainsi le lecteur dans le quotidien napolitain, dans le cycle de l’enfer de la Camorra. Tel un épisode particulièrement épique de Game of thrones, le scénario de Baiser féroce est impitoyable. Mort et déceptions, passion déchaînée et déçue, honte et héritage. La vie, à Naples plus encore que dans le reste du monde, n’est qu’un cycle, la puissance s’acquiert avec l’expérience qui aveugle et leurre pour que la chute n’en soit que plus brutale avant que la relève n’arrive… En cela, le roman a des accents shakespeariens, empreinte de l’hybris tragique et drape ses protagonistes dans une grandeur trompeuse, dont les plis camouflent une faiblesse qui les mènera à leur perte – la célèbre hamartia dont se repentent encore Marc Antoine et Roméo, Brutus et Hamlet.
Roberto Saviano - Baiser féroce
Folio
512 pages, sous couverture illustrée
108 x 178 mm