Le 6 mars 2020
Le sérieux bal des pompiers ne va pas se passer comme prévu. L’organisation improvisée d’un concours de miss va tourner court. Le dernier film subversif de Forman en Tchécoslovaquie, avant son départ pour une brillante carrière hollywoodienne, est un long-métrage totalement maîtrisé.


- Réalisateur : Miloš Forman
- Acteurs : Jan Vostrcil, Frantisek Debelka, Josef Sebanek
- Nationalité : Tchèque
- Distributeur : Carlotta Films
- Durée : 1h11mn
- Titre original : Hoří ma panenko !
- Date de sortie : 15 juin 1968
- Festival : Festival À l’Est

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Résumé : A la veille du grand bal des pompiers, on met la dernière touche aux préparatifs. Un homme, perché sur une échelle brûle les coins d’une grande affiche pour lui donner un air de vieux parchemin. Un pompier tient l’échelle pendant qu’un autre s’aperçoit qu’un des lots de la tombola. Les deux pompiers vont se chamailler, faire tomber l’homme sur l’échelle, ce qui mettra le feu à l’affiche qui brûlera entièrement.
Notre avis : Le pré-générique donne le ton de ce film irrévérencieux, qui semble avoir été écrit par de sales gamins, comme s’ils faisaient un pied de nez à leurs contemporains. C’est probablement ce qui a conduit la censure tchèque de l’époque à interdire le film.
Avec trois autres scénaristes, dont Ivan Passer qui fera aussi une belle carrière à Hollywood, Miloš Forman réalise ici son dernier film au pays avant de partir (fuir) aux États-Unis, après la répression du Printemps de Prague. On connaît le brillant parcours qui sera le sien.
Le film choral se déroule comme une espèce de pantalonnade grinçante, le temps d’une soirée officielle qui va dégénérer. Les pompiers, sanglés dans leurs uniformes, tout gonflés de leur importance, ont la "bonne idée" d’organiser au dernier moment un concours de miss. Il faut déjà les trouver dans les participantes du bal. Les critères retenus par ces messieurs vont être plus ou moins pertinents. Le pompier qui s’était aperçu du larcin dans les lots de la tombola va passer une soirée épouvantable, car les vols vont se poursuivre devant son nez pendant la soirée ! Le défilé des miss, contrarié par une intervention des pompiers sur un feu, va tourner au pugilat..
Sous couvert d’une comédie burlesque, Miloš Forman, avec une belle maestria, dénonce avec finesse l’état d’esprit et les travers de la société tchécoslovaque des années 60 : il n’y a pas d’individu, il y a un groupe, on ne veut pas faire de vague au risque de se déjuger, on improvise beaucoup et on rate souvent ce que l’on entreprend.
Quant à la générosité, elle n’est plus ce qu’elle était.
La fin dans la neige, sans la dévoiler, apparaît comme la photographie d’une société délabrée où tout est perdu : il ne reste plus qu’à dormir pour oublier.