Le 23 avril 2019
Un classique du récit iniatique pour les jeunes. La version Michel Tournier du mythe de Robinson ne se démode pas.


- Auteur : Michel Tournier
- Editeur : Gallimard
- Genre : Jeunesse, Classique de la littérature
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

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Récit paru en 1977.
Résumé : Le 29 septembre 1759, la galiote « La Virginie » est balayée par la tempête. Seul survivant du naufrage, Robinson se retrouve sur une île déserte. Avec Vendredi , il va faire l’apprentissage d’une vie nouvelle, en harmonie avec la nature.
Notre avis : C’est évidemment un classique du livre de jeunesse. Et depuis longtemps. Il n’en reste pas moins que, cette fois, l’étiquette n’est pas galvaudée, car cette réécriture du mythe de Robinson Crusoé pour les enfants est un récit iniatique qui trouve un juste équilibre entre un style concis et le sillon d’une morale discrète. En fait, le conte de Michel Tournier fonctionne à front renversé, puisque c’est Vendredi qui apprend la vie sauvage à son maître. D’où le titre.
Est-il besoin de raconter l’histoire ? A la suite d’une tempête, Robinson se retrouve naufragé sur une île, avec pour seule compagnie son chien Tenn, et il doit évidemment refaire sa vie avec ce qu’il trouve sur place. Au début, notre homme éprouve les pires difficultés, il entreprend même la construction d’un bateau nommé "L’évasion" pour quitter l’endroit. Heureusement -pourrait-on dire- que cette action n’est pas couronnée de succès, car le héros aurait alors manqué sa rencontre décisive avec un nouveau compagnon.
Mais avant de penser à l’amitié, le protagoniste vaque à ses occupations. Il parvient à se construire un abri, et à discipliner quelque peu son environnement, édictant une charte destinée à l’administration de cette île, dont il s’est auto-proclamé gouverneur. A ce moment du texte, Robinson est encore imprégné de son ethnocentrisme occidental.
Toutefois, cette volonté de rationaliser son existence ne comble pas une solitude affective manifeste, que le héros tente d’oublier au fond d’une grotte, où il se rend régulièrement. La dimension allégorique du lieu ne fait aucun doute. Certains exégètes l’analysent même comme un retour à la vie foetale, au ventre de la mère. Facile sans doute, mais pas faux.
Soudain, la vie de Robinson bascule. De manière fortuite. Vendredi, qui fuit une tribu belliqueuse, trouve refuge auprès de celui qu’il ne connaît pas et qui deviendra, par la force des choses, son nouveau maître. Désormais, l’existence s’organise à trois. Au début, l’Indien se montre relativement obéissant. Pourtant, son attitude ne témoigne pas d’un véritable attachement aux valeurs de Robinson : bientôt, il n’en fait qu’à sa tête, provoquant l’agacement de son ami. En fait, son corps résistant est un corps émancipé.
C’est l’explosion -là encore symbolique- de la grotte, suite à une bêtise de Vendredi, qui va précipiter les personnages dans une nouvelle existence, cette fois-ci beaucoup plus joyeuse, beaucoup plus fraternelle, déliée des lois qui encadraient l’ancienne société. A partir de ce moment, dans une configuration marivaudienne, le serviteur devient le maître, et Robinson apprend une autre manière de vivre, un autre langage pour communiquer, en un mot, découvre la relativité de toute culture, puisqu’il s’imaginait -gros benêt- que la sienne était supérieure.
Tournier a écrit un conte qui ne prend pas les enfants pour des idiots. Ceux-ci le lui ont bien rendu, qui ont plébiscité cette magnifique histoire.
Vendredi ou la vie sauvage - Michel Tournier
Gallimard jeunesse
80 pages, ill., sous couverture illustrée, 225 x 310 mm, cartonné