Le 22 octobre 2021


- Scénariste : Aiat Fayez >
- Dessinateur : Charlotte Melly
- Collection : Encrages
- Genre : Chronique sociale, Roman graphique
- Editeur : Delcourt
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 29 septembre 2021
Plongée dans un monde apatride, au cœur des bureaux de demandes d’asile.
Résumé : Aiat Fayez est un écrivain d’origine libanaise, vivant à Vienne, où il héberge une dessinatrice, Charlotte. De cette rencontre et de cette première soirée, émerge une expérience, celle d’Aiat, qui a vécu une résidence d’écrivain au "bunker", ce centre de l’office de l’immigration gérant les demandes d’asile...
Dans la première page, un texte venait avertir le lecteur : certaines pages pouvaient contenir des éléments choquants. Goguenard, ce dernier se croit immunisé, insensible, ayant à son actif une cargaison de romans graphiques durs, poignants, écorchés. Et pourtant, quelques trois cent pages plus tard, nous sommes bel et bien sonnés, retournés, malmenés par ce récit plein de témoignages, dans ce tourbillon de souvenirs, d’échos et de fictions. En effet, c’est d’abord l’expérience d’Aiat Fayez qui s’inscrit, et déborde de ces planches, qui veulent montrer une sensibilité envers l’humain, une réflexion sur le sentiment de patrie, et une collection des refus d’individus venus d’ailleurs, comme lui. Mais ensuite, ce sont des scènes tirées de personnes ayant affaire aux passeurs, de fuyards ou d’autres qui partagent leur espoir, qui se mêlent, laissant cette histoire se tordre, ou plutôt se diviser, à la manière d’un fleuve qui verraient les affluents l’enrichir, le densifier, par petites touches, sans avoir un nom, mais toujours avec émotion.
Aiat Fayez, Charlotte Melly / Delcourt
Cette émotion, le dessin de Charlotte Melly la transcende, rompant les frontières pour donner une impression de tourbillon, de digue rompue. C’est l’élément liquide qui s’impose, entraînant le lecteur dans un courant : pas de cases, pas de visages familiers, pas de décors, ce sont presque des impressions qui émergent, comme si Monet avait voulu raconter une histoire à la fois très précise, où chaque mot compte, et très vague, comme si les lieux et les figures importaient peu. Certaines touches, comme cette tâche écarlate qui grandit sur ce doux visage d’un monstre, restent en mémoire, donnant une résonance à ce récit terrible car plein de réel.
Aiat Fayez, Charlotte Melly / Delcourt
D’une force peu commune, Un pays dans le ciel s’impose comme un révélateur, non pas d’une vérité mais d’une foule, d’une multitude de vérités, prise dans une rivière de mémoire intense.
328 pages - 29,95 €