Des hommes sans loi
Le 9 mars 2016
Flics corrompus, braquages et courses-poursuites en zone urbaine sont les ingrédients de ce thriller réaliste et nerveux, souffrant malheureusement de personnages pas suffisamment exploités.


- Réalisateur : John Hillcoat
- Acteurs : Kate Winslet, Casey Affleck, Anthony Mackie, Woody Harrelson, Chiwetel Ejiofor, Clifton Collins Jr., Norman Reedus, Aaron Paul, Michael K. Williams, Gal Gadot
- Genre : Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters, Action, Thriller, Film de braquage
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Mars Distribution
- Durée : 1h55mn
- Date télé : 18 août 2023 21:00
- Chaîne : OCS Max
- Box-office : 288.440 entrées France / 12.639.000$ (recettes américaines)
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
- Date de sortie : 16 mars 2016

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Résumé : Ex-agent des Forces spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu’il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l’inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l’un des malfrats. À la tête de la mafia russo-israélienne, la redoutable Irina Vlaslov ordonne à l’équipe d’effectuer un dernier braquage extrêmement risqué. Michael ne voit qu’une seule issue : détourner l’attention de l’ensemble des forces de police en déclenchant un code "999" – signifiant "Un policier est à terre". Mais rien ne se passe comme prévu…
Critique : Le pied sur l’accélérateur et la main sur le fusil d’assaut sont rythmés par l’oppressant tic-tac du chronomètre. Une bande de braqueurs rudement entraînés s’engouffre dans une banque en plein jour. Le début du récit et la mise en scène nous renvoient de manière nostalgique à l’une des scènes culte du Heat. À l’image de cette entrée sous adrénaline, Triple 9 met son impressionnant casting à rude épreuve. Cependant, une palette d’acteurs alléchante dirigée par un réalisateur salué par la critique sont-ils les ingrédients d’un bon film ?
- © 2016 Worldview Entertainment, Sierra Pictures, Anonymous Content, MadRiver Pictures, SureFire Capital. Tous droits réservés.
Ce polar urbain est le premier film de l’Australien John Hillcoat à se dérouler dans l’époque actuelle. On y retrouve le fil rouge commun à ses œuvres : l’évolution de personnages dans un monde sombre et brutal. À la lecture du résumé, l’histoire semble être du déjà-vu. Pourtant, l’objectif du réalisateur est clair : se différencier des films policiers habituels et renouveler le genre. C’était également son ambition, plus ou moins aboutie, avec ses précédents films : The Proposition cassait les codes du western héroïque en lui donnant une teinte crasseuse et spirituelle, The Road représentait un monde post-apocalyptique ultra-nihiliste et Des hommes sans loi nous ramenait à la période la prohibition en milieu rural. Triple 9 installe quant à lui son action dans la ville d’Atlanta, peu présente dans les polars. La mafia, ici russo-israélienne, est menée par une femme interprétée par Kate Winslet. Les antihéros et les quelques rebondissements rajoutent une certaine imprévisibilité au scénario. L’originalité majeure de ce dernier est de s’appuyer sur un stratagème auquel le titre du film fait référence : le code d’alerte 999, signifiant « policier à terre ». S’ensuit un regroupement des forces de l’ordre sur les lieux indiqués du crime, laissant le reste de la ville sans protection et permettant donc à nos braqueurs d’opérer.
- © 2016 Worldview Entertainment, Sierra Pictures, Anonymous Content, MadRiver Pictures, SureFire Capital. Tous droits réservés.
- ©Mars Distribution
John Hillcoat évite la surenchère d’action en parsemant intelligemment les scènes intenses et soigneusement orchestrées. L’ensemble est méthodique et millimétré, avec un « réalisme sale » devenu la signature du réalisateur. Côté personnages, on apprécie de voir des rôles moins clichés qu’à l’accoutumée. Les frontières se dissipent entre mafia, gangs de rue et policiers pas foncièrement mauvais ou appâtés par le gain. On savoure par ailleurs le fait de voir certains acteurs dans des rôles à contre-emploi, à l’image de Winslet en impassible reine de la pègre, ou encore l’apparition trop anecdotique de Michael K.Williams (mémorable Omar dans The Wire) en travesti. La plus grande frustration réside justement dans la faible exploitation des personnages. Leur interprétation est bonne, mais aucun d’entre eux n’élève le film au-dessus des simples attentes. On a comme le fâcheux sentiment de rester à la surface d’un thriller qui aurait pu gagner en profondeur. Le déchirement des flics entre leur morale et leur glissement de l’autre côté de la loi ne se fait pas assez ressentir, empêchant toute empathie de notre part. Certains rapports sont également difficiles à cerner, notamment la relation ambiguë entre Michael Atwood (Chiwetel Ejiofor), sa femme Elena Vlaslov (Gal Gadot) et sa belle-sœur Irina Vlaslov (Kate Winslet).
Hillcoat s’emploie à donner du réalisme et de l’adrénaline à défaut d’approfondir pleinement les personnages. Ce constat est d’autant plus frustrant au vu de son séduisant casting. Le metteur scène démontre néanmoins une facette de son talent avec son aptitude à filmer caméra à l’épaule les personnages lors des scènes de poursuites, utilisant pleinement les lumières de la ville et retravaillant la photo en lui ajoutant un grain particulier. Triple 9 reste un triller urbain soigneusement orchestrés et prenant.
Le Blu-ray
- © TF1 Vidéo
Techniquement parfaite, cette édition reste à la recherche de bonus dignes. Reste le film qui ressort grandi par l’expérience agitée du Home Cinéma. Un bon achat, une belle location.
<starsun|> Les suppléments
Si l’on apprécie les scènes supplémentaires, aussi courtes soient-elles, on reste peu élogieux quant aux deux featurettes qui complètent le film. L’une d’elles, d’une durée aberrante de 3 minutes, est totalement futile. Reste l’apparition de la superbe Kate Winslet, méconnaissable dans le film : rien que pour elle, les bonus méritent un minimum de considération.
L’image
Copie d’une beauté extatique, dont on ressent la force visuelle, palpable grâce à une texture des couleurs et des noirs qui forcent le respect.
Le son
Œuvre balistique, qui envoie du lourd, Triple 9 trouve en Blu-ray le support opportun pour en mettre plein les oreilles. Le doublage de la VF n’est pas honteux. La VO, forcément plus naturelle, est un belle joute d’accents. Le tout dans 5.1 DTS HD corsé.
– Sortie DVD & Blu-ray : 19 juillet 2016