L’arbre de vie
Le 12 mars 2024
Michele Salimbeni signe un film juste, habilement composé, flirtant avec le chimérique, sur le deuil, la perte, et la vie après un décès dans tout ce qu’elle comporte d’ordinaire.


- Réalisateur : Michele Salimbeni
- Acteurs : Magdalena Korpas, Pinuccio Derosas, Emma Deiana
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Italien
- Distributeur : Saint-André des Arts
- Durée : 1h17mn
- Titre original : Drzewo Miłosierdzia
- Date de sortie : 13 mars 2024

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Résumé : Une île, un arbre et une femme. Des gestes répétés jour après jour avec des variations imperceptibles. Jusqu’à ce qu’un écho sinistre et prophétique du monde extérieur fasse irruption dans cette routine, changeant le cours des choses.
Critique : Il y a un meurtre. Brutal. Froid. Des coups de feu et le corps d’un homme qui tombe sous un arbre. La scène est saisie de loin, dans un plan-séquence qui annonce l’esthétique du film : sobre, composée, et poétique. Puis apparaît la silhouette fragile d’une petite fille vêtue de pourpre, qui accourt en direction du cadavre. Elle a tout l’air du Petit Chaperon Rouge – un Petit Chaperon Rouge qui porterait en son sein le glas de la mort. Car à chaque fois qu’elle se manifeste à l’écran, un nouveau mort fait surface.
On découvre alors la protagoniste : la veuve qui vient de perdre soudainement son mari. Elle est seule, vit dans une petite maison isolée, et son quotidien est marqué par l’habitude, par des gestes qui se répètent : elle fait la vaisselle, se lave – il y a d’ailleurs une récurrence dans cette façon de nettoyer aussi bien son corps que les objets qui l’entourent, comme si elle cherchait à se purifier de quelque chose – elle gît dans son lit, les jambes repliées contre la poitrine, ou bien fume à la table de la cuisine en parlant à voix haute à son microphone, qui enregistre le son de sa voix, comme si elle recherchait un écho dans sa propre parole.
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L’image est structurée par la lumière, et pensée comme une nature morte : il y en a bien sûr, car le réalisateur s’attarde à filmer la corbeille de fruit, posée sur la table en bois, reprenant par là les codes de la peinture. Mais cela s’étend aussi aux êtres vivants, à la jeune femme, qui, si elle ne respirait pas, paraîtrait figée. Les plans sont donc agencés comme des tableaux, fonctionnent souvent en plan-séquence, dans une mise en scène dépouillée, qui tend à souligner l’apathie de la protagoniste, son calme sidérant, la monotonie de sa vie. Car même les visites au défunt, le changement du bouquet de fleurs sur la tombe dressée à l’endroit même du meurtre, c’est-à-dire sous l’arbre, deviennent sujet à la répétition. Il y a cependant cette musique céleste, qui accompagne chaque recueillement et transforme l’arbre en la nef d’une cathédrale.
The Mercy Tree est un film touchant, sensible, qui porte en lui des questions non résolues, des incompréhensions, parfois, face à ces agissements presque mécanisés. C’est justement ce qui fait sa force : en tant que spectateur, nous restons dans un entre-deux – non réellement au fait de tout ce qui se trame devant nous, mais assez pour en saisir le sens profond ; comme suspendu entre la vie et la mort, errant d’un plan à l’autre, à la recherche d’un sens à tout cela, s’il y en a bien un.