Le 26 septembre 2021
Hybride et anxiogène, ce premier film mexicain est un véritable coup de force cinématographique.


- Réalisateur : Fernanda Valadez
- Acteurs : Mercedes Hernández, David Illescas, Juan Jesús Varela
- Genre : Drame fantastique
- Nationalité : Espagnol, Mexicain
- Distributeur : Bodega Films
- Durée : 1h35mn
- Titre original : Sin Señas particulares
- Date de sortie : 22 septembre 2021
- Festival : Festival de Sundance 2020

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Résumé : Magdalena entreprend une traversée du Mexique à la recherche de son fils, disparu lors de son trajet vers la frontière. Durant son parcours, Magdalena fait la connaissance de Miguel, un jeune homme qui vient d’être expulsé des États-Unis. C’est ainsi qu’ils s’accompagnent : Magdalena à la recherche de son fils, Miguel attendant de retrouver sa mère, dans un territoire incertain où déambulent ensemble victimes et bourreaux.
Critique : C’est un tout jeune gamin. Il est droit, devant la caméra, et il annonce froidement à sa mère qu’il quitte le Mexique pour le paradis américain. De la mère, on ne voit qu’un ombre lointaine, pendant que le gosse et un ami s’éloignent vers la promesse d’un rêve. Sans signe particulier pourrait être un film de plus sur les parcours migratoires de jeunes Mexicains en quête d’épanouissement économique. En fait, si la plupart de ces parcours migratoires s’opposent à la législation américaine et se confrontent à l’échec, le problème narratif du long-métrage se centre sur des disparitions inquiétantes de candidats à l’immigration. Les corps ne sont pas reconnaissables, voire il ne reste plus rien d’eux, à l’exception d’un bagage ou d’un vêtement trouvés dans la campagne mexicaine. Alors Magdalena, la mère, se met en quête de son fils qui ne donne plus signe de vie. On a bien retrouvé le cadavre de son compagnon de voyage : mais, lui, rien, plus le moindre signe.
- Copyright Bodega Films
Sans signe particulier est une œuvre troublante. Elle hésite entre le drame social, le fantastique et le policier. La photographie elle-même entretient l’ambiguïté d’un style hybride et inquiétant. La caméra joue avec les flous, les couleurs vives, les arrière-plans à peine perceptibles. La réalisatrice, Fernanda Valadez, s’amuse à égarer son spectateur. Elle ne donne aucun indice, aucune explication. Elle se contente de parsemer son récit de formes fantomatiques, et cultive le mystère. Plus le film avance, et plus les pistes s’égarent dans un imbroglio d’ombres et de feu. La réalisatrice mélange les genres, tout en assumant un scénario parfaitement maîtrisé et une mise en scène ciselée au couteau.
- Copyright Bodega Films
La réussite du film est liée à la présence magnétique de Mercedes Hernàndez. L’actrice incarne une mère fatiguée, éprouvée par la pauvreté et la perte de son fils. Elle mène l’enquête à travers un Mexique rural où les Indiens côtoient des corpuscules secrets. La légende se mêle à la rivalité politique. La femme avance, affronte les épreuves, déterminée à trouver une réponse sur la disparition de son enfant. Elle comprend l’aspiration des jeunes Mexicains à vivre aux États-Unis tout en vantant la simplicité de sa maison. En quelque sorte, Sans signe particulier est un film féministe au sens noble du terme. Il montre que le monde évoluera grâce au courage des femmes qui ne s’encombrent pas d’idéaux politiques mais écoutent leurs intuitions profondes.