Le 26 août 2020
Imaginez : et si demain tout le monde s’était transformé en animal, sauf vous ? Un roman engagé, mais qui a suffisamment de subtilité pour ne pas verser dans un militantisme moralisateur.


- Auteur : Camille Brunel
- Editeur : Alma Editeur
- Genre : Roman & fiction
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 27 août 2020

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Résumé : Alors qu’elle flânait dans son jardin Isis va y voir apparaître une grue Antigone présence assez rare pour l’alerter. Petit à petit, la jeune femme va voir autour d’elle de nombreuses apparitions d’animaux qui coïncident avec la disparition d’êtres humains. Si elle y décèle au départ une forme de coïncidence, elle va très vite réaliser que le phénomène est mondial et que les animaux sont en train de reprendre petit à petit leurs droits.
Critique : Avec ce deuxième roman, Camille Brunel, nous plonge dans la psyché d’Isis, une jeune militante végane et animaliste, qui voit le monde dans lequel elle évolue totalement basculer et se transformer petit à petit en dystopie cauchemardesque. En effet, si la perspective de devenir un animal est en théorie plutôt séduisante, l’auteur rend l’affaire totalement anxiogène et presque terrifiante, notamment lors d’une séquence qui relate un accouchement. Pourtant, bien que les passages de métamorphoses soient relativement violents et horribles, ils ne sont en aucun cas gratuit ou racoleurs.
En effet, le texte relate avant tout l’évolution du monde et de l’Homme, pour insister sur les dérives de notre société. Telle Cassandre, Camille Brunel nous met en garde contre notre mode de vie et nous prévient de la punition qui nous attend, à savoir une transformation en animal. Or, celle-ci n’a rien d’anodine : elle est au contraire très bien vue par l’auteur, qui inscrit ainsi son roman dans la tradition des écrits antiques. En effet, dans beaucoup de ces textes, comme par exemple L’Iliade et l’Odyssée, on croise parfois des personnages victimes de leur hubris, qui se retrouvent punis par les dieux. Or, bien souvent, leur châtiment était en lien direct avec leur crime.
Dans le roman, cette mutation en animal est nourrie par un constat : notre mode de vie carné n’est pas viable. Le récit nous rappelle aussi que chaque vie est sacrée. Un passage du récit illustre parfaitement cette idée : les passagers d’un train se métamorphosent en masse sous les yeux médusés de leurs proches qui ne savent pas s’ils doivent les tuer pour survivre ou les protéger de ceux qui veulent les tuer pour survivre.
La question de la vie est donc centrale dans le texte et l’identification au personnage d’Isis oblige le lecteur à se projeter dans cette situation et à voir dans chaque animal un être vivant qu’il faut préserver et non pas massacrer.
Bien que le roman ne le dise pas ouvertement, la morale qui se dessine en filigrane tout au long de l’histoire se résume de manière simple : les animaux ont autant voire plus le droit de vivre que nous. Néanmoins, malgré sa fibre militante, le livre ne verse à aucun moment dans les écueils d’un militantisme moralisateur. Ici, tout est évoqué avec délicatesse et subtilité. Le lecteur réalise lui-même que le l’humanité court à sa perte.
208 pages - 17 €