Le 7 juin 2024
Si le film est plutôt sincère et attachant, l’académisme de la mise en scène et l’écriture plutôt prévisible nuisent à la qualité du récit.


- Réalisateur : Katell Quillévéré
- Acteurs : Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Morgan Bailey, Paul Beaurepaire, Romain Francisco, Luc Bataini
- Genre : Drame, Romance, LGBTQIA+, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 2h05mn
- Date télé : 23 novembre 2024 22:16
- Chaîne : Canal+ Cinéma
- Date de sortie : 29 novembre 2023
- Festival : Festival de Cannes 2023, Festival Chéries-chéris 2023

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Résumé : 1947. Sur une plage, Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant, mère d’un petit garçon, fait la connaissance de François, étudiant riche et cultivé. La force d’attraction qui les pousse l’un vers l’autre est à la mesure du secret dont chacun est porteur. Si l’on sait ce que Madeleine veut laisser derrière elle en suivant ce jeune homme, on découvre avec le temps, ce que François tente désespérément de fuir en mêlant le destin de Madeleine au sien...
Critique : Le film s’ouvre sur des images historiques où l’on découvre, après la liesse de la Libération, ces femmes qui ont été rasées et jetées au tribunal populaire pour avoir noué une relation, consentie ou pas, avec un occupant allemand. Le sujet est éminemment précieux et Katell Quillévéré laisse entendre que son récit aura pour sujet principal le drame de ces femmes. En réalité, malgré la promesse du début, cet évènement historique ne sera qu’une opportunité à mettre en scène une relation amoureuse teintée de passion, mensonges et faux-semblants.
- © Roger Arpajou
Le Temps d’aimer, c’est d’abord deux comédiens : Vincent Lacoste et Anaïs Demoustier. Ils interprètent avec une grande justesse deux êtres qui s’aiment tout en se mentant sur leur vérité profonde. On voit avec un certain intérêt leur relation grandir, se complexifier, et les identités contraires qu’ils fondent à eux deux composer avec une situation sociale et culturelle qui finira par leur convenir. Là où le lien avec ces femmes amantes de soldats allemands rejaillit, c’est dans le personnage de l’enfant de Madeleine qui est né de cette relation. Le père a disparu sur le front, et la mère s’est résignée, par honte et sans doute par habitude, à cacher l’existence de cet homme à son fils.
Katell Guillévéré sait filmer les sentiments. Elle entoure son récit de magnifiques paysages marins. Une partie du film se passe dans un Paris ou un cabaret à Châteauroux reconstitués. C’est là sans doute que le propos manque alors d’ambition. La réalisatrice met en effet en scène une œuvre assez prévisible, avec des effets de manche qui donnent à l’ensemble un aspect assez convenu. Pourtant, elle avait là des opportunités très riches pour écrire sa fiction : le destin de ces femmes de l’après-guerre qui ont eu une relation avec un Allemand, ou l’interdit de l’homosexualité.
- © Roger Arpajou
En conclusion, Le temps d’aimer n’est en aucun cas le film de l’année. Il se laisse regarder avec le sentiment d’un déjà-vu malgré la prestation irréprochable des acteurs et une réalisatrice plutôt talentueuse.
– Festival de Cannes 2023 : sélection officielle, Cannes Première