Bêtes et méchantes
Le 26 mars 2003
Où l’on s’aperçoit que l’animal le plus bête n’est pas celui que l’on croit...


- Auteur : Thomas Gunzig
- Editeur : Au diable vauvert
- Genre : Roman & fiction

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A quel moment sait-on qu’un écrivain est en pleine phase ascendante ? Tout simplement lorsqu’un éditeur publie plusieurs de ses nouvelles alors que celles-ci ont déjà paru dans différentes revues et magazines. C’est le cas pour Thomas Gunzig qui, fort du succès de Mort d’un parfait bilingue, voit sept de ses nouvelles éditées par Le Diable Vauvert sous le titre Le plus petit zoo du monde. Les fidèles regretteront sans doute que quatre textes seulement soient inédits. Qu’importe puisque l’ensemble est un régal de lecture, un délice de fantaisie et de drôlerie.
Quel lien de cause à effet peut-il bien exister entre un type plaqué par sa femme et une girafe qu’il découvre morte dans son jardin ? Si la curiosité vous titille, lisez donc le premier texte de ce recueil. Car, quoi qu’on en pense, le rapport est flagrant. En tout cas, il s’éclaire d’une manière quasi évidente dans "La girafe". Ah oui ! Le point commun entre ces textes est qu’ils sont tous baptisés d’un nom d’animal plus ou moins rare, entre cancrelat et coucou, chien de traîneau et rainette...
On se demande d’ailleurs où se situe la frontière entre l’homme et l’animal. Lequel est le plus bestial. Lequel observe l’autre, dans l’enceinte de ce plus petit zoo du monde... Certainement pas l’inoffensif poisson rouge de la mère de Franck. Car dans le genre allumé déjanté, Franck détient une sacrée palme. Et le poisson rouge est condamné à contempler, la bouche ouverte, ce pauvre type qui s’est fait piquer sa 4L dans laquelle un malade a zigouillé trois jeunes filles. Et quand Gunzig décide de mettre en scène Bruce Lee et les triades chinoises, ça ne peut que partir en vrille. Le doute est jeté sur la version officielle concernant la disparition de l’acteur...
Galerie de paumés, portraits de déglingués, malades capables de péter les plombs à la moindre contrariété... Gunzig a le don d’écrire ces personnages toujours à la limite, un peu cinglés, doux dingues à l’existence complètement désaxée. Il livre également des tableaux urbains très réussis (Bruxelles, dans Le chien de traîneau), sordides et inquiétants, où la faune nocturne laisse aller ses vices et autres inavouables penchants. Appréhender le monde sous cet angle n’est pas fait pour nous réconcilier avec le genre humain. Ca tombe bien, on avait compris qu’il n’en valait pas la peine.
Thomas Gunzig, Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, 2003, 168 pages, 15 €