Le 14 mars 2022
Malgré un montage ingénieux et des comédiens amateurs absolument formidables, l’émotion se perd dans des longueurs et des effets de style pas toujours heureux.


- Réalisateur : Frédéric Baillif
- Acteurs : Claudia Grob, Anaïs Uldry, Kassia da Costa, Joyce Esther Ndayisenga
- Genre : Drame
- Nationalité : Suisse
- Distributeur : L’Atelier Distribution
- Durée : 1h50mn
- Date de sortie : 9 mars 2022
- Festival : Festival de Berlin 2022

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Résumé : Au cœur d’un foyer d’accueil, une bande d’adolescentes vivent avec leurs éducateurs. Comme une famille, elle ne se sont pas choisies et vivent sous le même toit. Lorsqu’un fait divers met le feu aux poudres, c’est tout un système sclérosé et rétrograde qui se révèle au grand jour.
Critique : C’est une directrice au visage marqué qui enlève elle-même les draps des pensionnaires qui quittent le foyer. Elle conduit une équipe d’éducateurs qui tentent de canaliser autant qu’ils peuvent des mômes que la vie a brutalisées. La Mif participe à ces films relativement nombreux ces derniers mois qui tentent de montrer le parcours difficile d’adolescents fragiles dans des institutions spécialisées. Ici, le point de vue est suisse, mais en dehors de quelques références législatives particulières, on n’est pas éloigné des dispositifs français. En ce sens, le long-métrage a beaucoup de vertus pédagogiques pour sensibiliser les spectateurs aux enjeux de protection de l’enfance et d’insertion des jeunes en rupture familiale et sociale. Les personnages sont d’ailleurs très attachants et permettent d’appréhender avec lucidité la complexité pour accompagner au mieux ces enfants blessés.
- Copyright Joseph Areddy
Le scénario et le montage perdent volontairement le spectateur dans des temporalités multiples. Frédéric Baillif choisit de suivre chaque personnage en lui consacrant un portrait qui s’insère dans la vie collective du foyer. Même les adultes qui prennent en charge les adolescents sont mis en valeur et l’on mesure la difficulté de ce métier, hélas assez méprisé aujourd’hui. Mais ces vignettes souffrent peut-être de réductions ou de stéréotypes pas toujours très crédibles. L’évènement central qui met le désordre dans l’établissement est lui-même sujet à caution et ne semble pas à la hauteur des risques que l’équipe éducative et sa directrice encourent. Paradoxalement, les portraits sont trop vite esquissés, en dépit d’un format sans doute trop long pour tenir l’attention du spectateur.
- Copyright Joseph Areddy
La Mif est un projet ambitieux et sensible, on ne peut pas le contester. Mais le traitement du scénario qui assume ouvertement de perdre son spectateur, finit par lasser, au point que toutes les ficelles de la narration penchent dangereusement dans le maniérisme.