Le 3 novembre 2021
Dans un style coloré et totalement personnel, Anaïs Barbeau-Lavalette décrit l’amour, la drogue, l’amitié et le désenchantement au temps d’avant de nos adolescences. Un film proprement virtuose et inspiré.


- Réalisateur : Anaïs Barbeau-Lavalette
- Acteurs : Normand d’Amour, Hélène Loiselle, Kelly Depeault, Marine Johnson, Caroline Néron, Antoine Desrochers
- Genre : Drame
- Nationalité : Canadien
- Distributeur : Alchimistes Films
- Durée : 1h45mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 10 novembre 2021
- Festival : Festival de Berlin 2020

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Résumé : Le jour de ses 16 ans, Catherine fait face à la séparation de ses parents et entre dans l’adolescence avec perte et fracas. C’est l’année des premières fois et dans l’ambiance grunge des 90’s, la jeune fille repousse chaque jour ses propres limites. Rebelle, affranchie et éclatante, elle ne quitte plus ses santiags fétiches… Mais cela sera-t-il suffisant pour la protéger ?
Critique : Avec ses yeux bleus taillés en amande, le dentier qui lui défigure les dents et son sourire tiède, Catherine a encore quelque chose de totalement enfantin. Pourtant, elle aborde ses 16 ans dans un climat familial conflictuel et une scolarité contrastée où elle subit la risée de ses camarades. Tout la pousse à grandir rapidement dans cet univers des années 90, où la drogue et les amitiés plurielles annoncent pour les décennies à venir le temps certain de la décadence. La déesse des mouches à feu est une adaptation originale et déjantée d’un ouvrage du même nom de Geneviève Pettersen, qui a reçu au moment de sa parution au Canada un accueil unanime de la presse et des lecteurs. Il y a dans la mise en scène d’Anaïs Barbeau-Lavalette un parti pris d’énergie, de musique et de couleurs qui donne à ce récit imaginaire d’adolescence, une empreinte tout à fait originale. La réalisatrice, surtout réputée pour ses documentaires, joue avec les costumes, le flou de la caméra, les gros plans sur les visages, faisant de son récit un hommage vibrant à la liberté et à la mélancolie.
- Copyright Laurent Guérin
Le spectateur ressort de cette expérience cinématographique avec le sentiment d’avoir traversé les années 90 dans un bain de fumée et de rires. La bande-son, particulièrement intéressante, mélange les genres musicaux, à la façon finalement de tout le long-métrage qui se plaît à multiplier les styles. Le récit se passe dans un environnement campagnard où la beauté des lieux côtoie l’incandescence et l’excès de la drogue. Les jeunes lycéens s’essayent à toutes les expériences sensuelles et toxiques, au risque d’intenter à leurs jeunes existences. Il y a dans ce récit survolté et aérien quelque chose qui fait penser à la poésie de Baudelaire. La réalisatrice manie avec assurance le spleen et le rire. On retiendra non sans émotion la chanson du générique de fin qui est une reprise absolument délicieuse du tube éternel de Desireless Voyage, Voyage, offrant au spectateur une vision moderne et atemporelle des années 90 qui ont façonné les adultes d’aujourd’hui. La réalisatrice multiplie ainsi les opportunités narratives à travers les situations, mais aussi le recours à des couleurs, des sons, des images et des costumes hybrides et extraordinaires.
En réalité, pendant ces presque une heure quarante, le spectateur flotte avec les personnages du film dans un univers dépareillé et fascinant.
- Copyright Laurent Guérin
Il faut saluer la prestation magnétique et lumineuse de la jeune comédienne, Kelly Depeault. L’actrice, entourée de sa bande d’amis, se fond dans son personnage avec une incroyable facilité. Elle brûle l’écran d’un bout à l’autre du long-métrage, s’égarant dans les excès et l’émotion. Tous les jeunes gens qui composent le récit d’ailleurs semblent eux-mêmes emportés dans l’énergie de leur jeunesse et de leurs amours naissantes. Ils ressemblent à la fois à des personnages de roman et à des mômes d’hier et d’aujourd’hui qui porteraient en eux tous les stigmates d’une jeunesse désenchantée. L’amour, la brutalité des rapports sociaux, le refus de regarder l’avenir, les escapades dans la drogue façonnent des êtres dont on pressent en permanence que tôt ou tard l’un ou l’autre faillira à son destin. Et c’est là où le tragique l’emporte sur le romantisme. Anaïs Barbeau-Lavalette tisse un récit cruel et fascinant d’une génération de gamins que la norme, le capitalisme et l’exigence sociale ramèneront à la raison.