Le 28 juin 2019


- Scénariste : David B>
- Dessinateur : David B
- Collection : Eperluette
- Genre : Autobiographie
- Editeur : L’ASSOCIATION
- Famille : Roman graphique
David B., l’un des membres fondateurs de l’Association, est passé maître dans l’exploration de l’étrange, des terreurs enfouies et de ses propres rêves qu’il avait déjà mis en image dans Le cheval blême. Ici c’est son histoire à la fois familiale et personnelle que l’on découvre à travers son trait bien particulier, ses rêves et ses terreurs d’enfance...
La lecture de L’ascension du Haut Mal est une immersion dans un univers complexe, un récit obscur et dérangeant, sensible, poétique. Comme toujours chez David B., on a affaire à un univers fantastique qui prend racine à la fois dans le rêve et dans chaque interstice du quotidien. Mais ici, le récit naît d’une histoire personnelle douloureuse qui le rend particulièrement poignant et donne à cette approche de l’étrange une réalité et une force nouvelles.
David B. y raconte la maladie de son frère aîné victime de crises d’épilepsie et la destruction lente qu’elle entraîne malgré les tentatives désespérées de ses parents qui courent les médecins, les gourous, souvent les charlatans. David B., enfant, se méfie de ces expériences souvent infructueuses et préfère combattre seul le Haut Mal, cette maladie qui entraîne son frère mais aussi toute sa famille. Seul, ou plutôt accompagné de créatures fantasmées, de fantômes amis qui lui permettent de surmonter l’impuissance et l’angoisse. L’imaginaire n’est pas pour lui un moyen de fuir la réalité mais au contraire la seule façon de l’affronter, de se l’approprier. Il canalise la violence de la maladie à travers des dessins de batailles, minutieux et obsessionnels, la personnalise sous les traits de cavaliers mongols, de guerriers sanguinaires qui peuplent ses cahiers d’écolier et ses premiers récits. "Le dessin, c’est mon épilepsie", dit-il. Un monde qui est finalement sa propre version des abîmes de la maladie, sa propre traversée du Haut Mal.
David B / L’Association
Un dessin fantastique mais loin des clichés du genre, reflet des émotions et des visions de l’auteur qui dit privilégier la force d’évocation au réalisme. Il s’inspire d’ailleurs beaucoup des miniatures médiévales et orientales, ou de l’art précolombien. Il emprunte et détourne les codes dans une vision métaphorique de l’image qui s’éloigne des lois de la perspective. Un style unique dont le noir et blanc renforce l’efficacité et la lisibilité. Profondeur des noirs, importance des contrastes, David B. utilise le dessin comme une calligraphie compulsive, un art à la fois narratif et ornemental. Une manière de voir le dessin qui donne toute sa force au texte sans jamais se contenter de l’illustrer. Comme s’il était lui aussi habité par les "forces invisibles", comme s’il renfermait les clés cryptées de l’inconscient de l’auteur et de ses personnages.
David B / L’Association
On sort de cette lecture avec l’impression étrange d’avoir côtoyé un autre monde, de l’avoir approché comme le petit David approche la douleur et la folie, sans tabous et sans jamais tenter de se donner le beau rôle. Car ce qu’il raconte c’est aussi ses erreurs et les pensées haineuses et destructrices que la maladie entraîne. Ses doutes, ses faiblesses devant une réalité que l’imagination ne parvient pas toujours à rendre supportable.
Intégrale, 384 pages - 37 €