Héritage à l’italienne
Le 27 avril 2013
Valeria Bruni Tedeschi a choisi pour son premier film la porte étroite, et passe plutôt bien.


- Réalisateur : Valeria Bruni Tedeschi
- Acteurs : Jean-Hugues Anglade , Chiara Mastroianni, Denis Podalydès, Lambert Wilson, Marisa Borini
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Editeur vidéo : Gemini Vidéo
- Durée : 1h50mn
- Date de sortie : 16 avril 2003

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Valeria Bruni Tedeschi a choisi pour son premier film la porte étroite, et passe plutôt bien. Un joli petit film sur l’amour filial.
L’argument : Federica est si riche que ce privilège l’empêche de faire sa vie d’adulte, d’assumer son quotidien : les attentes de son fiancé qui voudrait fonder une famille, le retour inattendu d’un ancien amant, les conflits avec une famille déconnectée de la réalité et déstabilisée par la mort annoncée du père. Accablée par un héritage prochain, par ces rapports emmêlés avec son entourage et par le poids d’une culpabilité lancinante, Federica cherche le réconfort dans l’imaginaire...
Notre avis : Il est plus facile pour chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’accéder au royaume des cieux... A partir de ce passage de l’évangile, Valeria Bruni Tedeschi plante le décor d’une histoire d’héritage. Federica est riche, trop riche. Certes, il y a l’argent, mais il y a aussi, et c’est autrement délicat, l’amour et la préférence d’un père. A l’heure où celui-ci s’apprête à mourir, Federica ploie sous le poids de la culpabilité.
Bianca, sa plus jeune sœur (Chiara Mastroianni, parfaite) vit au contraire le poids du manque de reconnaissance. Dans cette famille fortunée, chaque enfant a mis en place un système de défense différent. Bianca préfère en vouloir à sa sœur plutôt qu’à son père. Leur frère préfère la fuite : Aurelio (Lambert Wilson, qui révèle un potentiel comique indéniable) revient in extremis de son deuxième tour du monde, avec son énième copine, son bronzage permanent et ses airs d’éternel globe-trotter qui doit son "argent de poche" à papa. Federica, l’air de rien, ramènera l’équilibre dans cette famille. Valeria Bruni Tedeschi a trouvé dans le personnage de Federica une jolie figure : une "sainte" qui ne supporte pas l’inégalité. Pas simplement celle qui la sépare de Pierre, son compagnon prof d’histoire (Jean-Hugues Anglade, irrésistible), mais celle qui l’éloigne de tout son entourage. Rétablir une justice s’impose à son personnage parce que le père va disparaître.
Le travail de deuil commence bien avant la mort, lorsque l’agonie est lente et l’issue certaine. Valeria Bruni Tedeschi restitue avec une acuité très pertinente ces moments étranges. Chaque séquence est en soi un bon sketch, une scène émouvante ou originale. Malheureusement, le tout manque de rythme et d’unité : le dessin animé à l’effigie de Federica, le rêve avec Denis Podalydes et Emmanuelle Devos, ou encore la petite chanson d’Yvan Attal sont des scènes drôles mais mal amenées. Car jusqu’à la fin, le spectateur ne sait pas quel personnage, ni quelle intrigue suivre. Résultat : il est assez difficile d’accrocher à l’histoire, phénomène qui donne la sensation de longueurs. Mais la jeune comédienne signe là son premier long métrage et Il est plus facile pour un chameau est un début très encourageant. Valeria Bruni Tedeschi permet aux acteurs de belles prestations (soulignons notamment celle de Roberto Herlitzka dans le rôle du père) et fait preuve d’inventivité et d’à-propos.