Le 14 février 2020
Dans un contexte social difficile, mis en exergue par une courte intervention en début de spectacle d’une militante de l’institution, opposée à la réforme des retraites, la troupe de la Comédie-Française parvient encore et toujours à nous émerveiller.


- Acteurs : Didier Sandre, Denis Podalydès, Elsa Lepoivre, Bruno Raffaelli, Suliane Brahim, Loïc Corbery, Christophe Montenez , Rebecca Marder, Claude Mathieu, Pauline Clément
- Metteur en scène : Ivo van Hove
- Genre : Théâtre (spectacles), Tragédie
- Salle de Théâtre : Comédie-Française (Richelieu)

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Notre avis : Peu de choses à dire finalement sur un spectacle aussi brillant, emmené par une troupe d’acteurs incroyablement engagés, maniant le feu durant deux heures captivantes.
Le choix est fait d’un décor unique. Electre, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, subit depuis longtemps désormais un exil hors des lieux de pouvoir, auxquels elle pourrait prétendre, au beau milieu de la boue et de la pauvreté, n’étant désormais entourée que par une sororité ambiante et un compagnon muet. La vision de départ de la pièce a pour mérite de glacer, d’interpeller, de questionner surtout. Quelle magnifique réinterprétation du personnage d’Electre, désormais aux cheveux courts et à l’allure presque rustre, à la tête d’un groupe de femmes tantôt sages, et fanatiques !
Lorsque se présente son frère Oreste, depuis longtemps disparu et accompagné de son ami Pylade, Electre aperçoit dans ses rêves de vengeance de la mort de leur père, un bras suffisamment solide. Impossible de savoir ce qu’auraient été les actes d’Oreste, sans le déferlement de violence verbale provenant de sa sœur qui, une fois l’amant de Clytemnestre, Eghiste, assassiné, dansera allègrement sur son cadavre en lui arrachant sa virilité. Peu de rires émanent alors de la salle. Une stupeur, plutôt.
L’arrivée des dirigeants de la terre mythique d’Argos, dont Ménélas interprété par Denis Podalydès, permet à la pièce de présenter d’immenses morceaux de bravoure théâtrale, d’enchaînement de répliques et de mouvements comme seule la Comédie-Française en a la maîtrise. Quelle bourrasque que d’observer Oreste sombrer dans la folie meurtrière, alors qu’Electre éteint en lui le peu d’humanité survivant, au moment où s’approchait le meurtre de leur mère.
Doivent être également salués les percussionnistes, toujours présents en arrière-plan, et guidant le splendide texte d’un rythme d’une infinie justesse. Là où le théâtre travaille habituellement ses silences, le choix du metteur en scène fut ici de créer une pièce assourdissante. Et c’est magnifiquement réussi.
A la Comédie-Française, jusqu’au 16 février 2020
1 Place Colette, 75001 Paris.