Beauté cachée
Le 24 octobre 2005
Quand le fantasme fait partie du quotidien, la règle du jeu social s’en trouve modifiée. La perfection serait-elle de ce monde ?


- Auteur : Elisabeth Alexandre
- Editeur : LA MUSARDINE
- Date de sortie : 1er septembre 2005

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Résumé : Pourriez-vous coucher avec une poupée en silicone hyperréaliste ? Résumé : En dix ans, les real dolls ont innondé la planète. Il sen vend des milliers au Japon ou au USA. Gros plan sur les origines de ce phénomène sexuel avec un livre choc sur le sujet. Dans les ateliers dAbyss aux États-Unis, on fabrique et on commercialise des femmes artificielles hyperréalistes, faites de silicone. Ce sont les real dolls. Les poupées sont vendues uniquement sur Internet et coûtent 8 000 euros. Lacheteur a le choix entre neuf types de visages et cinq types de corps, du plus menu au plus plantureux. Pourquoi des hommes rêvent-ils encore et toujours de créatures inanimées, éternellement jeunes et belles, manipulables et passives ? Quel genre de vie mènent-ils avec leurs splendides poupées de silicone, quels sentiments éprouvent-ils pour elles, à quoi correspond ce besoin de posséder une femme non-vivante ? Cest à ces questions quÉlisabeth Alexandre a cherché à répondre en partant à la rencontre des propriétaires de poupées. En dix chapitres relatant les histoires incroyables des hommes qui aiment les poupées, entrecoupés des photographies extrêmement troublantes et touchantes dElena Dorfman, cet ouvrage documentaire nous offre de pénétrer un monde fantasmatique passionnant. Auteur : Alexandre Elisabeth Fiche technique : Texte : en Français. Format : 15,4 x 24 cm. 160 pages. Editeur : La Musardine Avec Plaisirs Avenue, faites vous doublement plaisir, un cadeau offert à chaque commande.
Quand le fantasme fait partie du quotidien, la règle du jeu social s’en trouve modifiée. La perfection serait-elle de ce monde ?
Pendant plusieurs mois, minutieusement, Elisabeth Alexandre s’est attachée à connaître ces hommes (et ces femmes, parfois), qui privilégient le fantasme de perfection du faux à la réalité, toujours décevante. Ces hommes vivent des vies clandestines, tout attachés à la dévotion d’une compagne qu’ils se sont choisie, sur catalogue. Ces hommes partagent leur existence avec une poupée de silicone, grandeur nature, autour de laquelle toute leur vie va converger.
Car on entre dans le monde des real dolls comme on entre en religion. Plus rien ne sera pareil. La vie quotidienne, le regard des autres, ces hommes vont, pour la plupart, s’isoler dans un univers fantasmatique qu’ils savent inaccessible, incompréhensible pour le reste du monde. Une real doll coûte en moyenne sept mille dollars. Mais elle est loin d’être un signe de richesse. Les acheteurs vivent souvent dans des situations modestes, voire précaires, et ont tout sacrifié à leur fantasme. Un fantasme de femme infiniment docile, malléable, toujours bien mise, accueillante, souriante, toujours d’accord. Un fantasme aussi qui s’égare parfois du côté d’une forme de nécrophilie. Femmes mortes, femmes endormies, femmes noyées, de belles alanguies, étrangères aux outrages qu’elle subissent. La crainte est d’ailleurs clairement exprimée. Dans ces maisons, les rideaux sont toujours fermés, de peur qu’un voisin ne s’imagine un crime caché, en voyant ce corps étrangement inanimé. Car ces poupées dérangent, troublent. Comme l’impression de s’approcher trop près de la vie à moins que ce ne soit de la mort.
Des poupées et des hommes se lit avec fascination et sans doute un peu de voyeurisme, et les photographies d’Elena Dorfman illustrent le propos avec beaucoup de force. Elisabeth Alexandre décode avec un grand respect ces vies pas comme les autres qui paient au prix fort une solitude mal consentie, et force notre regard sur une certaine détresse humaine.
Elisabeth Alexandre (texte) & Elena Dorfman (photos), Des poupées et des hommes. Enquête sur l’amour artificiel, La Musardine, 2005, 160 pages, 18 €