Le 4 mai 2018


- Scénariste : Pécau, Jean-Pierre>
- Dessinateur : Djordje MILOVIC
- Collection : Hors collection
- Genre : Adaptation, Roman graphique
- Editeur : Soleil
- Famille : BD Franco-belge
- Date de sortie : 11 avril 2018
Journal de guerre, plusieurs histoires entre pleine d’émotions
Résumé : Entraînement de cavalier, razzia dans un village, attente de la bataille, seize nouvelles d’Isaac Babel sont adaptées dans une bande dessinée complète. L’auteur russe est aujourd’hui adapté par le Français Jean-Pierre Pécau et le Serbe Djordje Milovic, d’une manière à la fois respectueuse et audacieuse.
Difficile de classer une adaptation d’un recueil de nouvelles. Le format court des histoires est tantôt déroutant, avec des narrateurs que l’on pense le même, des situations que l’on pense en train de s’enchaîner, la part du rêve, du passé, tout cela s’entremêlant parfois, laisse le lecteur un peu hagard. C’est là tout le talent de l’écrivain Isaac Babel, qui avait du cravacher pour produire des nouvelles fortes, farouches, pour un petit bourgeois de Saint-Pétersbourg, l’engagement dans l’armée semblait normal, nécessaire selon son éditeur. Connaître le feu, l’action, le froid et la peur. Par bribes, ces émotions sont ainsi retranscrites, dans ce qui deviendra un classique de la littérature russe, tant ces histoires paraissent universelles, les vivants rappelant bien d’autres soldats, les morts bien d’autres victimes. Cet engagement belliqueux dévoile en effet une critique latente et constante de la guerre, failles d’une humanité que l’écrivain a cherché à raconter.
© Soleil
Ce conte, la plume de Pécau et le pinceau de Milovic l’ont bien sondé. Les deux semblent avoir compris ce langage à la fois détaché et très crû propre à Babel. Le dessin reprend bien ce flou entretenu, tout en magnifiant certaines scènes de couleurs riches, captivantes, là où le dégoût et le désespoir devraient l’emporter. L’alcool, mais aussi l’ivresse de la violence, inondent certains planches, et les écrits de Babel, y abondent, transcrits ou transmis, pour créer une atmosphère à la fois douce, inspirante et traumatisante.
© Soleil
Coup graphique et hommage à la littérature, Cavalerie rouge fait partie de cette classe d’albums difficiles à caractériser, mais facile à apprécier, tant ils élèvent la bande dessinée vers ce titre de neuvième art.
145 pages - 18,95€