L’incroyable Mr Hulot
Le 30 octobre 2013
Au chant de sa sirène bombarde, Dédé nous entraîne dans ses filets musicaux. Un documentaire bretonnant, juste et mélodieux, résonnant d’humanité.


- Réalisateur : Christian Rouaud
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Date de sortie : 30 octobre 2013
- Plus d'informations : http://www.avecdede-lefilm.com/

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Au chant de sa sirène bombarde, Dédé nous entraîne dans ses filets musicaux. Un documentaire bretonnant, juste et mélodieux, résonnant d’humanité.
L’argument : Les mots se bousculent dans sa bouche, les objets lui résistent, il est encombré de son grand corps, mais il avance, avec une énergie communicative. C’est Dédé Le Meut, sonneur de bombarde virtuose, amoureux de la langue bretonne, de la musique, de l’humanité. Généreux, fantasque et burlesque tout autant que musicien talentueux, inlassable glaneur du patrimoine culturel, cet irrésistible monsieur Hulot breton, nous emporte dans le tourbillon de ses rencontres.
Notre avis : Après Lip, l’imagination au pouvoir et le très réussi Tous au Larzac, Christian Rouaud rempile avec le portrait intimiste d’un vieil ami, André Le Meut, musicien virtuose et personnage atypique, dont le génie n’a d’égal que son l’humilité. Lunaire, décalé, spontané, Dédé est un grand gamin doublé d’un sacré plaisantin. Perdu dans un corps trop grand pour lui, il déambule dans la vie avec vitesse et fracas, butant dans l’espace, renversant les objets, frôlant la collision, impatient de vibrer. Au son de la musique et au sein du populaire. Car ce qui intéresse Dédé, c’est la musique instinctive, accessible, la musique vivante. Pas celle que l’on écoute avec distance et érudition mais celle qui l’on vit à coups de pas de danse. D’un balancement d’épaule à un battement de pied, Dédé farfouille en rythme dans sa région. A la recherche de ses trésors musicaux. Un périple qui l’entraîne à la rencontre d’une série de personnages familiers, d’hommes et de femmes d’une belle simplicité, de ceux que l’on croise sur notre route et qui y restent toujours. Frères, cousins, voisins, Avec Dédé a la force du film de famille.
Que l’on soit de Bretagne, d’Alsace, de Bourgogne ou de Provence, on s’y retrouve.
A l’intérieur d’un salon qui pourrait être celui de notre grand-mère, le cinéaste capture l’émouvante drôlerie de La vie comme elle va, avec la même délicatesse que celle de Jean Henri Meunier. Savoir s’approcher, reculer, éclairer, c’est tout l’art du documentaire. Avec pudeur, Christian Rouaud a cette qualité : il sait s’effacer. A l’écran, le phrasé de Dédé emporte tout sur son passage. Et tant pis si l’on ne le comprend pas toujours, l’important c’est d’être touché. Par son intensité. Dédé est habité. Enfant autiste, il ressent la musique avant de saisir les mots. Résultat ? Il parle tard et depuis, il ne cesse de rattraper son retard ! Il y a du Tati chez Dédé. Du Lewis Carrol aussi. Et quand ce géant, qui a grandi trop vite, débarque dans une pièce, c’est toujours pressé. Par quoi, pour quoi, on ne le sait jamais vraiment. Le sait-il lui-même... Dédé est un homme d’avenir qui va de l’avant. Qui n’a pas le temps de ’’prendre le temps’’ comme il le conseille. Sa vie c’est une mission : collecter les chansons populaires de toute la Bretagne. Alors c’est sûr, Dédé dépoussière les archives, mais c’est pour mieux les remettre au goût du jour. Conserver le patrimoine régional, pour lui, c’est avant tout le déposer aux pieds de la jeunesse.
Aussi, aux détracteurs qui accuseront le film de conservatisme, nous répondrons cela : on peut trouver ses racines sans s’y enchaîner.... Coupé de sa langue par un jacobinisme si français, Dédé apprend le breton sur le tard. Jouer n’est pas suffisant, il lui faut approfondir le sens de ce qu’il transmet aux autres.
Dédé, c’est le militant de l’ombre. Celui qui prend maladroitement le mégaphone, qui n’ose pas souffler de dedans, qui peine à donner des ordres même quand il est chef d’orchestre. Dédé, c’est celui qui préfère le son d’une note aux longs discours.
Et puis, il y a cette petite flamme d’authenticité au fond de ses yeux. Celle que le cinéaste déniche souvent et magnifie toujours. Celle qui nous tend la main et scelle la complicité. Celle qui nous réunit. Dans Avec Dédé la musique rassemble géographiquement. Et physiquement. Lorsqu’il anime une répétition, le protagoniste affiche un désir de contact avec ses musiciens : ’’rapprochez-vous !’’ En arrière fond, une mélodie venue de loin, des tréfonds de la terre et de ses travailleurs, ressuscite le collectif. Chanter à l’origine pour se donner du courage à l’ouvrage, la musique populaire bretonne a changé de vertu. Aujourd’hui, elle crée du lien. Et quand Dédé joue, c’est de tout son corps, grimpant les escaliers jusqu’à l’orgue, descendant au cœur du public, ondulant les sonorités au gré de l’espace. Erratique, Dédé flâne dans la durée et dans la longueur. Une épure dramatique qui a le mérite de laisser de la place à à ce personnage fragile et décalé, encombré de ses propres gestes.
Carlos Nunez disait de lui qu’il est le John Coltrane de la Bretagne. Dans sa région, Dédé est un grand. Aux yeux du cinéaste aussi. A ses côtés, Christian Rouaud le couve de sa bienveillance. Le film est une histoire de cœur, et ça se voit.
Énergique et poétique, Avec Dédé ranime la chaleur du collectif. Une ode à la quête de l’extraordinaire, chez ces êtres qui pourtant se ressentent, si ordinaire.
Au programme : une bonne dose de rire et une tonne de bonne humeur !
AVEC DEDE - Bande-annonce VF par CoteCine