Tintin chez les Roumains
Le 8 décembre 2004
Une Autobiographie érotique qui rapproche deux univers qu’a priori tout oppose. Celui d’un écrivain américain et celui d’un jeune Roumain.


- Auteur : Bruce Benderson
- Editeur : Rivages
- Genre : Autobiographie, Érotique

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Quand un écrivain américain voit en l’amour qu’il porte à un jeune Roumain la quintessence de la passion, on se dit que cette relation peut se briser à tout moment. C’est le sujet délicat du nouveau roman de Bruce Benderson, Prix de Flore 2004.
Autant prévenir tout de suite les fervents du prix de Flore. Ce roman ne manquera pas de brouiller leurs repères. Le jury, qui nous avait habitués à récompenser des auteurs à part, à la prose débridée et acide, nous propose cette année un choix un peu surprenant, celui de Bruce Benderson. Car cette Autobiographie érotique, tout en confirmant les nombreuses qualités de son auteur, pêche aussi par quelques excès de lenteur.
Benderson évoque une petite année de sa vie, année charnière, année passionnelle, année destructrice. C’est à Budapest que son chemin croise celui de Romulus, un jeune Roumain. Rapidement, ce sont deux visions de la misère qui prennent le dessus. D’un côté la misère sexuelle du narrateur (Bruce Benderson clairement nommé, le titre de l’ouvrage dissipe d’ailleurs le doute), écrivain américain à la recherche de sentiments capables de lui retourner les tripes, de l’autre la misère des laissés pour compte d’un pays tout juste sorti de la dictature communiste. D’un côté l’argent disponible et la fascination pour la jeunesse, de l’autre l’attrait du gain et la froideur. D’un côté le gigolo, de l’autre le giton.
Dans un jeu du chat et de la souris permanent, les deux hommes vont se déchirer, se mentir, se haïr et se perdre. Mais c’est aussi pour oublier la lente agonie d’une mère malade que Benderson va tenter de se fondre dans cette relation quasi incestueuse, et identifier sa relation avec celle de Carol, l’ancien monarque roumain, et de sa maîtresse Lupescu, une jeune juive jamais acceptée par un pays basculant dans le fascisme. De chambres d’hôtels en virées sur la côte, de balades culturelles en visites des campagnes gangrénées de misère, le voyage s’étire quelquefois en longueur. Et finalement, on se dit qu’il fallait bien ça pour parvenir à pénétrer et disséquer les sentiments unissant ces deux hommes qui, comme des ballons qu’on dégonfle, s’envolent rapidement vers le ciel avant de retomber brusquement sur le sol. Comme vidés de ce qui a pu faire battre leur cœur.
Bruce Benderson, Autobiographie érotique (The Romanian, traduit de l’anglais par Thierry Marignac), Rivages, 2004, 374 pages, 21 €