Le 29 juin 2020
Un saboteur est mis sous surveillance par Scotland Yard. Bien que mineure, cette œuvre de la première période britannique du cinéaste contient quelques morceaux de bravoure.


- Réalisateur : Alfred Hitchcock
- Acteurs : Sylvia Sidney, Desmond Tester, John Loder, Joyce Barbour, Oscar Homolka
- Genre : Noir et blanc
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h16min
- Titre original : Sabotage
- Date de sortie : 8 janvier 1937

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Résumé : Londres : un attentat provoque une panne générale d’électricité. La police, qui soupçonne depuis quelque temps un certain Verloc (Oskar Homolka), gérant du cinéma "Le bijou", a chargé le détective Ted (John Loder) de le surveiller. Celui-ci se fait passer pour un employé du magasin de fruits et légumes, voisin du cinéma. Pendant sa surveillance, il se prend d’amitié pour la femme de Verloc (Sylvia Sydney) et son jeune frère Steve (Desmond Tester).
Critique : Adaptant Joseph Conrad, avec son épouse Alma Reville et Charles Bennett, Alfred Hitchcock propose une œuvre d’espionnage beaucoup plus sombre que ses précédentes réalisations, où des individus mal intentionnés sont capables de tuer des innocents par leurs actes de sabotage.
Encore une fois, c’est la situation qui intéresse le cinéaste, et non pas la finalité du sujet. Des saboteurs, nous ne saurons pas qui ils sont, ni quels sont leurs réels objectifs. On comprend juste qu’ils sont très dangereux et que la police doit mettre fin à leurs agissements.
Si l’histoire proprement dite n’est pas forcément très crédible - le gérant du cinéma "obligé" de poser une bombe, un policier amoureux de la femme d’un suspect -Alfred Hitchcock nous livre quelques scènes d’anthologie stupéfiantes : on évoquera d’abord la séquence presque surréaliste de la visite de Verloc, auprès d’un complice qui exerce le métier d’oiseleur. Ce dernier, cauteleux, trompe une cliente sur les qualités de chant d’un oiseau, avant d’emmener le héros à l’arrière du magasin, où il parle par métaphores pour ne pas alerter sa fille et sa petite-fille sur ses agissements. On mentionnera également la très longue scène de pur suspense, dans laquelle Steve est chargé par Verloc de transporter un paquet chez un réparateur, en même temps que des bobines de films dans un autre cinéma. Le spectateur sait que ce paquet contient une bombe qui doit exploser à une heure précise. L’enfant ne va pas cesser d’être retardé par divers incidents, et ne peut pas prendre les transports en commun, car les bobines de films, inflammables, y sont interdites. Ce moment nous donne aussi l’occasion de traverser le Londres d’avant-guerre.
Ces scènes de bravoure mises à part, le film pâtit de son histoire peu convaincante et de l’interprétation sans conviction de John Loder, qui semble-t-il, n’était pas le premier choix du cinéaste. Il lui aurait préféré Robert Donat qu’il avait déjà dirigé l’année précédente dans l’un de ses gros succès Les 39 marches ("The 39 Steps").
Après ce long métrage, l’un des moins prestigieux d’un parcours britannique pourtant riche, Alfred Hitchcock enchaînera les succès : Jeune et innocent ("Young and Innocent" 1937), Une femme disparaît ("The Lady Vanishes" 1938) et La taverne de la Jamaïque ("Jamaica Inn" 1939), avant de s’envoler pour les États-Unis, appelé par David O’Selznick, pour son incroyable deuxième carrière. Son premier opus américain sera Rebecca (1940) avec Joan Fontaine et Laurence Olivier.