Le 29 septembre 2020
Biographie romanesque d’une artiste envoûtante, Waiting for Tina est un magnifique texte à la hauteur de son sujet.


- Auteur : Jean Azarel
- Editeur : L’Autre Regard éditions
- Genre : Biographie, Cinéma
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 18 octobre 2019

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Résumé : Muse du cinéma underground, fille de la star dominicaine Maria Montez et du comédien Jean-Pierre Aumont, Tina Aumont a autant fait parler d’elle pour sa vie tumultueuse que pour ses rôles dans les films de Losey, Minnelli ou Fellini. Inconditionnel de l’actrice, Jean Azarel la fait revivre à travers une enquête approfondie, à la recherche de Tina...
Critique : La personnalité ondoyante de Tina Aumont méritait bien cet hommage sous forme de biographie romanesque, l’hybridation donnant à l’entreprise de Jean Azarel sa densité formelle indéniable, aussi passionnante que son sujet. L’auteur n’est pas Philippe Jaenada, ne nous assène pas des digressions, pour tenter de se faire une place au soleil. Si le running gag des flics, réclamant sur un mode comminatoire la rédaction complète du bouquin, est assurément une trouvaille, le narrateur ne perd jamais de vue son dessein presque vital : partir à la découverte d’une artiste, mettre ses pas dans ceux de l’actrice franco-américaine, égérie du cinéma underground, dont la beauté magnétique irradia les films de Losey, Comencini ou Fellini. Le voyage s’avère passionnant, à la fois récit à tiroirs et portrait générationnel, dans lesquels infusent des problématiques littéraires inhérentes à l’écriture biographique. Parfois, les doutes de Jean Azarel ricochent sur les difficultés d’une entreprise semée d’embûches. Mais le projet se fraie finalement un chemin à travers la narration d’une tragédie intime, que confirment les témoignages des proches : membres de la famille, amis, musiciens, personnalités du septième art, figures mythiques d’une époque révolue, celle du groupe Zanzibar, celle des nocturnes du Palace, dont on prend aussi des nouvelles, celle du Swinging London qui enfanta cette génération turbulente et utopique. Dans ce tourbillon de moments échevelés, les mains d’Anita Pallenberg, Brian Jones, Pierre Clementi, Nico ou Jean-Pierre Kalfon semblent se tenir pour des soirées sans fin et des sorties de route sans limites.
Mais l’ombre du khôl qui ourle les yeux de l’actrice s’allonge bientôt, étend ses vastes ailes pour voiler le regard d’une jeune femme bientôt cernée par les drogues. De cette carrière aux promesses non tenues, de cette trajectoire erratique, il demeure la présence ineffable d’une sorte d’icône, pas vraiment consciente de l’être. Et pourtant, si son image en mouvement, formidablement imprimée par la caméra de Philippe Garrel, avait pu séduire davantage, Tina Aumont aurait sans doute sublimé tous ses malheurs nés de sa tragédie généalogique : d’abord la disparition de sa mère, la mythique actrice dominicaine Maria Montez, jamais oubliée, puis le poids d’une autre notoriété, celle de son père, Jean-Pierre Aumont, qui la donna littéralement à Christian Marquand, le frère de Nadine Trintignant et grand ami de Marlon Brando. Mariage précoce, fausse couche et rupture marqueront la prime jeunesse d’une comédienne qui trouvera, sous le soleil de l’Italie, une sorte de joie illusoire, émaillée d’excès en tous genres. La suite documente la chronique d’une chute annoncée, mais le charisme de cette femme semble pourtant résister aux assauts des substances illicites, tandis que, peu à peu, son souffle la quitte et que le monde du cinéma se détourne d’elle.
On connaissait peu cette comédienne. Au terme de la lecture, on a du mal à la quitter. Tina Aumont trouve en Jean Azarel le meilleur des biographes, qui, pourtant, ne l’a jamais rencontrée. Pas de doute : ces deux-là se seraient formidablement entendus.