Le 16 janvier 2006

Un esprit en campagne pour dire au plus près la souffrance du corps. Pour Werth, toute expérience est un enrichissement.
La fulgurance d’une douleur d’oreille marque le seuil de "la maison blanche" où Werth, abattu en quelques jours par un abcès, passera le temps d’une opération et une convalescence. Peu de choses, en somme, sinon la mort qui rôde, et les sens de l’auteur ouverts jusqu’au paroxysme pour témoigner une fois encore d’une expérience, celle de la douleur, de l’isolement, du spectre de la mort et de l’abandon du malade à la douceur de sa maladie, au cocon ouaté de la chambre blanche où le temps et le monde n’ont plus la même valeur. Car la vie, prise au piège de la maladie, se réduit comme par enchantement, aux quatre murs d’une pièce, et au rythme des passages, des pansements, des piqûres, de l’écrin douillet de la morphine dont on retarde l’approche, dans l’illusion futile d’être maître de sa douleur.
Werth met son corps en mots. Il l’observe, le jauge, le provoque, l’éprouve. Il n’est plus "un", partagé entre cette enveloppe de douleur, abandonnée au lit et aux soignants, et sa pensée qui caracole, divague, s’égare sur les pas d’une infirmière bienveillante ou dans les rouages maléfiques d’une douleur qui explose en une gerbe de sensations perverses. Werth n’aime rien tant que connaître de l’intérieur. Comme il a appris la guerre, l’exode, la colonie ou la caserne, il transcende ici sa propre souffrance pour en faire matière à connaissance et toujours, observer jusqu’au moindre détail tout ce qui fait l’homme. La maladie a ce pouvoir d’effacer les masques et les faux-semblants pour restituer ce qui gît au plus profond de nous, des sensations, des gestes, des désirs qui, tapis derrière l’homme social, sont pourtant au cœur de l’humanité. Werth, lui, sait leur donner la parole.
Léon Werth, La maison blanche, éd. Viviane Hamy, coll. "Bis", 2006, 173 pages, 7,50 €