En VOD depuis le 22 avril 2020
Le 1er mai 2020
Un documentaire poignant et courageux, qui tente de concilier la magnificence de la création musicale avec l’effroi de l’aliénation psychique et politique. Proprement vertigineux.


- Réalisateur : Jorge León
- Acteur : Lola Felouzis
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Shellac
- Durée : 1h23mn
- VOD : https://shellacfilms.com/films/mitra
- Compositeurs : Eva Reiter, George van Dam
- Ensemble musical : Ensemble Ictus
- Date de sortie : 22 avril 2020

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Résumé : Hiver 2012 – Internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique à Téhéran, Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne, entame une correspondance par courriel avec Jacques-Alain Miller, fondateur de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Été 2017 – Une équipe artistique s’inspire de ces échanges pour créer un opéra en s’empreignant de la réalité de l’hôpital psychiatrique Montperrin à Aix-en-Provence.
- Copyright Shellac Distribution
Critique : Mitra Kadivar, c’est le nom de cette psychanalyste iranienne abusivement enfermée dans un hôpital psychiatrique, parce qu’elle avait osé prendre en charge chez elle des patients toxicomanes. On n’est pas en peine d’imaginer la violence de l’enfermement psychiatrique dans un pays comme l’Iran, qui brille autant par l’excellence de sa culture perse que par l’ambivalence de son régime autoritaire. Mitra réécrit la correspondance entre cette clinicienne et Jacques-Alain Miller, qui a fondé l’Association Mondiale de Psychanalyse, à travers la création d’un opéra. Mais Jorge León va au-delà de cette expérience musicale et politique, en entraînant son équipe de musiciens et comédiens derrière les murs austères d’une institution médicale, dans le sud de la France. Alors le cri des patients, le bruit de leurs pas dans les couloirs, s’invitent dans ces étirements musicaux, d’une très grande puissance.
- Copyright Shellac Distribution
Mitra parle de sa solitude de psychanalyste dans un pays, l’Iran, qui rejette avec violence un courant intellectuel et philosophique à l’encontre des certitudes religieuses qui caractérisent le régime. Face au témoignage de l’intellectuelle, le réalisateur met en communion l’acharnement des musiciens à s’approprier une partition exigeante et celle des patients de l’hôpital à tenter de dompter leur folie. On mesure la douleur gigantesque qui étreint ces malades, défigurés par l’angoisse, les voix et la camisole chimique. On a souvent l’image de la maladie mentale à travers les faits divers qui jonchent la presse populaire. Le film montre que la maladie mentale, c’est d’abord une douleur incommensurable, doublée de la terreur du stigmate social et de l’isolement. Jorge León n’attise pas le misérabilisme. Il vient à la rencontre de ces personnes malades, donnant à ces visages meurtris la possibilité d’une réhabilitation par la magie de la création musicale.
- Copyright Shellac Distribution
Le documentaire présente l’avantage très intéressant de permettre un accès démocratique à la musique contemporaine. En ce sens, Mitra procède d’une volonté très forte de relier des univers qui s’ignorent, à commencer par celui de la musique exigeante et celui du grand public. L’une des séquences finales met en lumière des malades qui communiquent à l’aide d’un fil rouge, coiffés d’un pot de yaourt, d’une chambre à l’autre.
Le film cherche ainsi à mettre en lien, à défaire les solitudes, et à recomposer le sens d’un vivre-ensemble. Il y a beaucoup de douceur d’ailleurs dans la façon de filmer, dans les quelques paroles récitées ou prononcées, malgré la gravité, voire la violence du sujet. Le spectateur est emporté d’un bout à l’autre de ce documentaire dans la tyrannie du pouvoir iranien, la monstruosité intérieure de la maladie mentale et le miracle de la musique. Il faut d’ailleurs saluer à ce propos l’écriture musicale d’Eva Reiter et George Van Dam et la facilité avec laquelle l’Ensemble Ictus s’engage dans cet opéra, composé aux confins des lettres de la psychanalyste et des cris des aliénés eux-mêmes.