Le 12 décembre 2014
On peut, au choix, se réjouir que l’homosexualité soit présentée sans problème, ou se désoler de ce que ce soit dans une bluette sentimentale.


- Réalisateurs : Dominique Cardona - Laurie Colbert
- Acteurs : Nicola Correia Damude, Christine Horne
- Genre : Comédie romantique
- Nationalité : Canadien
- Editeur vidéo : Outplay
- Durée : 1h25mn

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– Année de production : 2011
– Sortie vidéo : le 24 septembre 2014
Un "feel good movie" qui s’attaque à des sujets graves, mais sous la forme d’une inoffensive comédie sentimentale.
L’argument : Margarita, une jeune femme mexicaine, vit paisiblement dans une famille bourgeoise-bohème au Canada. Fille au pair, elle s’occupe de Mali, la jeune adolescente de la famille. Seulement Margarita a un secret. Elle vit illégalement sur le sol canadien depuis plusieurs années à l’insu de ses patrons et de sa petite amis, Jane, une étudiante en droit. Lorsque, suite à la récession et à de mauvais placements, les parents de Mali décident de renvoyer Margarita, l’univers de chaque protagoniste va subitement s’en trouver bouleversé.
Notre avis : Un spectateur bien luné verra dans ce petit film une comédie romantique dans laquelle tout le monde a ses raisons et, au final est pétri d’amour et de bonnes intentions. Ce spectateur modèle pleurera avec les protagonistes dans la dernière séquence et sera content que, par la grâce d’un accident providentiel, tous les secrets dévoilés nous ramènent à un équilibre plus stable que celui du début. Il aura le sentiment d’avoir apprécié une fable, très logiquement irréaliste, un de ces « feel good movies » indépendants qui respectent les normes hollywoodiennes malgré un tout petit budget. Mais il lui faudra passer sur de multiples conventions, des caricatures et une avalanche de bons sentiments. Il paraît qu’on ne fait pas de bon cinéma avec de bons sentiments ; Capra, par exemple, a montré le contraire. Encore faut-il un style et un point de vue, ce dont Margarita est singulièrement dépourvu.
Caricatures donc : le couple bobo incompétent que ce soit avec les tâches ménagères ou l’éducation de leur fille, l’adolescente en crise mais qui aime ses parents, le Brésilien amoureux et (presque) toujours joyeux, la nounou généreuse et compréhensive … On n’en finirait pas d’énumérer les situations et personnages qui sont autant de clichés, servis par des dialogues déjà mille fois entendus. Pire : la mise en scène, plutôt banale en général, se révèle incapable de sensualité (avec de telles actrices !) jusqu’à éluder une scène d’amour par un fondu au noir. Et quand Margarita évoque pour le regretter son passé amoureux, on voit les deux amantes rire dans un jacuzzi, comme dans les pires feuilletons de l’ORTF. Posons la question autrement : comment s’emparer de sujets tels que l’homosexualité féminine et le sort des sans-papiers pour en tirer une morale anodine, en gros l’amour triomphe toujours ? Comment accepter cette vision aseptisée d’un monde perpétuellement ensoleillé, sans aspérités, où la bonne volonté suffit ? Le tout, souligné par une musique pléonastique, a de quoi décourager les meilleures intentions.
Gail dit de Margarita qu’elle est un ange, et elle-même ne veut pas être Mary Poppins. À mi-chemin entre les deux, la nounou sait tout faire, comprend tout, séduit tout le monde. Elle est indispensable, belle, intelligente … C’est l’un des problèmes du film : comment s’intéresser à un ectoplasme irréprochable ?
N’en rajoutons pas ; on peut souligner quelques passages humoristiques plutôt réussis, ce qui est bien peu, et, après tout, se réjouir que l’homosexualité soit à ce point admise qu’on peut ne pas la questionner, ne pas en faire un sujet et la placer sans heurts dans une bluette – pardon, une comédie romantique.
Les suppléments :
Les deux réalisatrices sont interviewées sur le film. L’entretien, chapitré, résume en 12 minutes la genèse,le casting, la bande originale et les thèmes sur un ton militant. Bonus majeur, le documentaire réalisé par les mêmes en 1992, Dieu merci je suis lesbienne, donne la parole à des homosexuelles qui racontent leurs parcours, leurs vies, les problèmes qu’elles ont rencontrés. Ces 55 minutes face à la caméra sont intéressantes, parfois poignantes, parfois drôles, toujours justes.
L’image :
En harmonie avec le film, elle est lisse, propre, aseptisée. C’est dire aussi que les couleurs sont chaudes, la définition impeccable.
Le son :
Comme l’image, le son, disponible en 2.0 et 5.1, est parfaitement propre : les voix sont chaleureuses et la musique, omniprésente, limpide.