Forte comme Sanson
Le 6 mars 2005
Le témoignage d’une épicurienne face à une maladie incurable, comme la vie.


- Auteur : Marie Desplechin
- Editeur : Editions du Seuil
- Genre : Roman & fiction, Littérature blanche
- Nationalité : Française

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"Le plus dur quand on écrit, c’est de ne pas mentir" [1]. Chose rare dans le paysage littéraire, à plus forte raison quand le livre est écrit à la première personne, Lydie Violet et Marie Desplechin ne succombent pas à ce péché qui n’est même pas capital. L’histoire commence au cours de l’été 2001, chez Grasset, lorsque Lydie Violet, attachée de presse, connaît sa première crise d’épilepsie. Diagnostic : oligodendrogliome, sorte de cancer du cerveau, espérance de vie estimée à huit ans. Au lieu de dresser un portrait flatteur, compréhensif, faussement pudique, histoire de faire monter encore un peu plus la sauce compassionnelle, elle se dépeint comme une femme gourmande de la vie, des dîners, des soirées, de l’herbe avec laquelle on plane ; un peu luxurieuse aussi, à la recherche d’amants de passage ; et, surtout, orgueilleuse, intransigeante devant les mots de soutien maladroits, les vrais/faux amis qui se murent dans le silence, facilement revêche lorsqu’elle considère qu’on lui manque de respect ou devant les médecins qui lui prescrivent la chimio. La vie a un prix mais il ne vaut pas la perte de ses cheveux, à plus fortes raisons quand le résultat n’est pas garanti. Il s’agit donc du récit d’une femme qui assume ses caprices dans les situations les plus dramatiques, exigeante, sans doute belle et pour qui c’est essentiel. Un récit d’épicuriennes en talons hauts dont l’idée a germé pendant un repas arrosé pour l’une, enfumé pour l’autre. Un récit porté par une jolie plume, drôle, ciselée, touchante. Avec Marie Desplechin, personne n’en aurait douté.
Lydie Violet et Marie Desplechin, La vie sauve, Seuil, 2005, 127 pages, 12 €
[1] Musil ou Conrad, désolé de ne pas avoir réussi à retrouver cette source...