A vos ordres !
Le 14 août 2012
Non pas un film sur la CIA, mais un film de la CIA.


- Réalisateur : Roger Donaldson
- Acteurs : Al Pacino, Colin Farrell
- Genre : Thriller, Espionnage
- Nationalité : Américain
- Editeur vidéo : Buena Vista Home Entertainment
- Durée : 1h55mn
- Titre original : The Recruit
- Date de sortie : 11 juin 2003

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Symptomatique de l’état de Hollywood face à l’administration Bush, La recrue n’est pas un film sur la CIA, mais un film de la CIA. Un "travail de pro" qui pose beaucoup d’interrogations. Analyse.
L’argument : James Clayton, un jeune homme intelligent et rusé, est recruté par Walter Burke, vétéran de la CIA, pour faire partie des services secrets américains. Mais avant de devenir un membre opérationnel, il doit survivre à The Farm, le lieu secret d’entraînement de la CIA.
James s’impose rapidement comme l’un des meilleurs éléments de sa promotion et tombe amoureux de Layla, une autre élève. Alors qu’il s’interroge sur sa situation actuelle, Burke lui demande d’accomplir une mission à haut risque, à savoir démasquer une taupe à l’intérieur de l’Agence. Il va alors vite se rendre compte que les devises de la CIA sont plus que vraies : "Ne fais confiance en personne" et "La réalité n’est jamais celle que l’on croit". James aura rapidement l’occasion d’expérimenter toutes les autres lois d’une profession à part...
Notre avis : La recrue n’est pas un film propagandiste mais, mieux, un film "pro-propagandiste". La CIA une fois encore héroïsée par Hollywood, sans cache et sans détour. Chase Brandon (porte-parole de la CIA) n’a pas seulement servi de "spécialiste" (ce terme fait ici froid dans le dos) pour valider la véracité des détails, il a aussi participé au scénario lui-même. Nul besoin de voir le film donc, le message est déjà dans le générique : c’est le Gouvernement qui fait les films et les écrit. Cash et sans cache. La CIA a également autorisé l’équipe du film a pénétrer dans ses locaux pour y faire des photographies et rencontrer les employés. Bref, La recrue n’est pas un film sur la CIA mais un film de la CIA. Cela n’avait encore jamais été aussi clair.
On le sait, après les attentats du 11 septembre, l’administration Bush s’est rapprochée publiquement de Hollywood pour tenter de redorer le blason de la CIA [1]. Et ça a marché. La somme de toutes les peurs par exemple a été un succès commercial très net et son héros, un jeune de la CIA incarné par Ben Affleck, a fait grimper le nombre de candidatures au concours de l’Agence. La recrue fait encore mieux, et simplifie encore la tâche : il raconte et glorifie le recrutement lui-même de ces jeunes hommes et femmes. Pourquoi en effet la CIA n’y avait -elle pas encore pensé ?! Autant faire passer un vulgaire film d’entreprise pour un thriller hollywoodien, c’est encore plus efficace effectivement.
Dans une sorte d’usine à robots aux vertueuses conséquences, La recrue montre l’entraînement de ces jeunes "êtres supérieurs", de ces "élus", sur fond de musique tendance, avec un casting de beaux corps jeunes et sexy tout droit sortis de la télé-réalité. L’entraînement sera bénéfique (c’est la conclusion du film !). Le recruteur (pauvre Al Pacino) annonce à ses jeunes recrues dès le début : il y a le bien et le mal, et "la CIA est dans le camp du bien" au cas où il y aurait le moindre soupçon à ce sujet ! Mot pour mot le discours de George Bush.
Avec cela une avalanche de poncifs paternalistes : un jeune homme est "découvert" par un vieil instructeur (figure du père lourdement soulignée ici) et il forme ce jeune, et celui-ci bien sûr se surpasse, étonne, mais il est aussi humain, doute, remue, fait des fautes. Il est un peu comme nous au fond. Comme "tout le monde". Voilà l’état d’un certain cinéma hollywoodien. Deux heures édifiantes d’un retour en arrière idéologique et cinématographique rarement atteint. Un film comme une machine à voyager dans le temps nous ramenant vers ce qu’il y a eu de pire au cinéma. Et nous savons hélas que le pire est toujours tellement plus aguicheur.
[1] Lire ou relire : S. Blumenfeld, "Le Pentagone et la CIA enrôlent Hollywod", Le Monde du 24 juillet 2002 et F. Bousquet "Blockbusters & Bush", cadrage.net, mai 2003