Littérature francophone
Le 13 novembre 2002
La brillante journaliste et critique cinématographique, Elizabeth Quin signe un premier roman typiquement féminin où le personnage principal est un démiurge à la seconde nature singulière : mentir et tromper.


- Auteur : Elizabeth Quin
- Editeur : Grasset

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Tout commence sur une ligne de métro, Blanche-Etoile. En levant les yeux de son livre, Kéké Wu, moitié chinoise et moitié française, croise le livre, le regard, et le sourire de Gustave. Deux personnes qui lisent dans la même rame, voilà de quoi rapprocher. Kéké Wu ne prendra plus le métro de la même façon. De même, elle ne choisira plus ses livres à la légère, chacun constituant un subtil rébus littéraire pour l’inconnu du strapontin d’en face. Ailleurs peut-être, Naissance d’une passion, Des journées entières dans les arbres... Quelques jours plus tard, l’inconnu laisse dépasser un numéro de téléphone précédé de l’adverbe "terriblement". Evidemment, Kéké Wu appelle.
Tout de suite, la passion est fusionnelle et réciproque. Les événements s’enchaînent alors très vite jusqu’au mariage. Le bonheur total. Seule ombre au tableau : Kéké Wu éprouve immanquablement le désir de tromper...
Le premier roman d’Elizabeth Quin, La peau dure, met en scène une femme destructrice d’homme, qui a plus que tout autre le besoin de séduire. Elle trompe son mari. Evidemment, il s’en rend compte, la chasse et tente de l’oublier. Elle cherche à le récupérer, parce que, elle le sait, c’est l’homme de sa vie. Classique.
La peau dure est donc une histoire commune, sans grande surprise. Mais dès les premières lignes, le style d’Elizabeth Quin porte entièrement la narration. La banalité du sujet est compensée par une phrase incisive, simple et expéditive. Derrière cette brièveté se cache la maîtrise d’une écriture pudique, sobre et méticuleuse. Elle illustre magnifiquement cette rupture, ce repentir, cette descente vers la misère sentimentale. Mais avec derrière chaque évocation, une petite pointe d’ironie amusée, un sourire amer. Une mise à distance permet de résister au cliché du roman d’amour. Cette femme, qui passe son temps à tromper, à détruire et à humilier, pour être la seule à rester debout, en paraît sympathique et pleine d’humilité. Un livre comme une mise en garde sur les paradoxes de l’amour et l’autodestruction sentimentale.
Elizabeth Quin, La peau dure, Grasset, 2002, 260 pages, 15 €