Education sentimentale
Le 22 octobre 2003
Quelques personnages en quête d’eux-mêmes. Un très subtil huis clos, finement dialogué, où l’humour le dispute à l’émotion.


- Auteur : Peter Cameron
- Editeur : Rivages
- Genre : Roman & fiction

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Résumé : Omar, étudiant d’origine iranienne à l’université du Kansas, s’est mis dans un sale bain en tablant sur l’accord des ayants droit de Jules Gund dont il envisage d’écrire la biographie. Sa bourse risque de lui passer sous le nez et du coup son avenir se rétrécit. Poussé par Deirdre, sa petite amie, il part en Uruguay pour plaider sa cause auprès des héritiers de l’écrivain. Là-bas, dans un coin reculé, il découvre le domaine d’Ochos Rios, son manoir bavarois décati et son trio excentrique. Caroline, l’épouse légitime de Gund, peintre refoulée, ne fait que recopier des tableaux de maîtres. Adam, son frère, homosexuel vieillissant, vit avec un jeune homme rescapé du trottoir de Manille. La belle Arden, sa maîtresse, élève sa petite fille et s’occupe d’un semblant d’intendance. Omar est désorienté par cette atmosphère étrange et embarrassante. Rien ne se passera comme il l’avait envisagé...
L’auteur : Peter Cameron est né en 1960 et a grandi dans le New Jersey. Aujourd’hui il vit et travaille à New York. Avant Là-bas, finaliste du Pen/Faulkner Award, il a publié trois romans, Week-end, Année bissextile et Andorra, tous traduits en français chez Rivages.
Notre avis : Amateurs d’exotisme, passez votre chemin. L’Urugay de Peter Cameron pourrait aussi bien se trouver n’importe où sur l’un des cinq continents et n’influe sur les personnages de son roman que par l’isolement du domaine d’Ochos Rios. Vivant en vase clos dans ce bout du monde perdu, ils apparaissent petit à petit, prennent forme et corps à travers leurs conversations. Car là réside la grande originalité de ce roman, et sa force : il est composé presque uniquement de dialogues ciselés avec la virtuosité d’un maître orfèvre.
Rien n’est blanc et rien n’est noir dans l’univers de Peter Cameron. Tout est en nuances et en délicatesse, en mouvance et en atermoiements, dans le jeu de chat et de souris que se livrent ses protagonistes. Autour de cette biographie, en effet, c’est de leur propre image qu’il s’agit, et les facettes qu’ils révèlent de vive voix appellent, en creux, les non-dits de leur part d’ombre. Impalpable et concret s’emboîtent furtivement au cours des manœuvres engagées. L’humour, souvent féroce, sert à camoufler l’émotion. Exil et perte sont des douleurs difficiles à partager et l’irruption d’un tiers ne peut qu’aviver les tensions. Face à ce trio aussi attachant qu’irritant, Omar, l’indécis, apprendra au bout du compte que l’on ne peut forcer sa nature, que le bonheur surgit en catimini et qu’il faut accepter les choses telles qu’elles viennent. L’amour par exemple... Ce qui fait de ce Là-bas, brumeux comme un rêve, avec son dénouement en demi-teintes, plein de générosité, une très singulière, très pertinente et hautement recommandable éducation sentimentale.
L’extrait |
Peter Cameron, Là-bas (The city of your final destination, traduit de l’anglais (États-Unis) par Suzanne V. Mayoux), Rivages, 2003, 327 pages, 20 €