Une vie de chiot !
Le 3 mars 2012
La délinquance chez les enfants filmée avec une sensibilité à fleur d’image et une tendresse révoltée.


- Réalisateur : Karim Dridi
- Acteurs : Marc Cortes, Raymond Adam, Tony Fourmann, Mehdi Laribi
- Genre : Drame, Action
- Nationalité : Français
- Distributeur : Rezo Films
- Durée : 1h48mn
- Date de sortie : 8 octobre 2008

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Résumé : Khamsa, onze ans, est un fugueur. Il est parti de sa famille d’accueil pour le camp Mirabeau, le campement de Gitans, où il a vu le jour à Marseille. Sa grand-mère est malade et l’enfant souhaite lui rendre visite. Ce retour marque aussi ses retrouvailles avec son cousin Tony et son ami Coyote.
Critique : Khamsa est un jeune Gitan. Il est mignon à croquer, comme tous les garçons de son âge, mais la comparaison s’arrête là. Derrière ce visage d’ange se cache une souffrance indicible. Une mère décédée, une belle-mère haïe, un père souvent absent... Heureusement, sa grand-mère, malade, lui permet de fixer un minimum son existence d’errance, alors qu’il sombre dans la délinquance de bande, cette déferlante irrésistible qui happe les enfants désœuvrés de son camp.
Pour son premier rôle au cinéma, Marc Cortes, alias Khamsa, porte savamment ce mélange d’innocence et de maturité propre aux enfants qui ont grandi trop vite. Son personnage est emblématique de l’œuvre de Karim Dridi, cinéaste qui puise inlassablement son inspiration dans la vie des marginaux, dont le destin s’apparente à une bascule. Les strip-teaseuses et les pickpockets de Pigalle, les immigrés de Bye-bye et ici les Gitans ainsi que les petits délinquants.
Khamsa est le fruit mûr d’une réflexion sur les causes sociologiques, matérielles et psychologiques qui expliquent, en partie, la délinquance juvénile. Aussi, l’apprenti délinquant vit un quotidien tout tracé : la descente au centre-ville pour détrousser les passants inattentifs, le partage du butin, la tournée assidue chez les proches pour savoir qui l’hébergera, la mise en place du super plan qui manquera de le conduire en prison...
La narration de cette routine, qu’une lumière orangée vient relever comme une épice, ressemble, a priori, à des plans accolés les uns aux autres. Le Scope et les décors naturels soulignent l’incongruité et la monotonie d’une vie sans but, si ce n’est les petits larcins qui la ponctuent. Alors que l’espoir et la fatalité jouent aux chaises musicales, la communauté d’indigents, sommairement heureuse, s’accroche à une vie qui ne cesse de lui envoyer des coups de pied. Loin des bons sentiments et des faux-semblants, Karim Dridi ne mâche ni ses mots ni ses images. Il filme à vif le vécu de ces enfants, tous à la limite du point de non-retour. Des gamins au départ non professionnels, qui jouent tout simplement à se raconter eux-mêmes à travers des situations sordides, sans pathos aucun, mais suscitant un fort sentiment d’empathie de notre part.