Le 14 octobre 2017
La fin d’un amour. Subtil et convaincu, (In)achevé est une vraie réussite.


- Acteurs : Zem-Zem Bizot, Maxime Couette

L'a vu
Veut le voir
Résumé : « In)achevé » raconte la longue et dure traversée d’un couple. Des moments d’amour aux instants tristes, sans oublier l’ultime moment partagé : la rupture. L’émotion, la douleur, la peine, l’attachement sont des états qui nous viennent naturellement quand nous nous séparons de l’être cher. Ce sont ces mêmes sentiments qu’on ressent à travers « « « (In)achevé ». Elle et Lui sont à la fin de leur relation, chaque minute, chaque seconde mais surtout chaque mot compte. Cette pièce ne laisse rien au hasard, tout est fait pour submerger le spectateur qui en sortira changé...
Notre avis : Le spectacle mis en scène par la comédienne Zem-Zem Bizot se présente comme des fragments d’un discours amoureux. Mais s’il s’agit de se référer au célèbre ouvrage de Roland Barthes, ce n’est pas simplement pour signifier la justesse des situations évoquées, où les déclarations enflammées répondent aux scènes de rupture. C’est surtout pour constater que la dissémination des paroles demeure, finalement, comme les lambeaux de ces grandes promesses que l’on s’est faites. Ce que la pièce met en exergue, au-delà des corps qui se rassemblent, fusionnent puis se désunissent, c’est la performativité du langage, sa capacité à inventer des avenirs auxquels on croit, avec une intensité dont les adorations et les reproches ne sont que des symétriques inversés. Ces mots ont le même pouvoir, sans cesse renouvelé, de rassembler et de congédier. Leurs effets fonctionnent de manière enivrante sur ceux qui les prononcent, d’où la prolongation des échanges, nouée à la même jubilation de se reconnaître égal dans l’usage du verbe et de ce qu’il implique, ou au contraire rivée à la volonté d’obtenir ce que l’on veut, si le désaccord advient.
Les comédiens accompagnent avec une profonde conviction cette mise en scène chevillée au réel. De fait, les acteurs du petit théâtre sentimental sont eux-mêmes étonnés de ce qu’ils vivent : ainsi, le personnage incarné par Maxime Couette grimace tout autant de ce que la rupture lui inspire (jalousie, culpabilisation) que du sentiment d’abandon afférent à la situation qu’il subit. Il congédie le moment où le dialogue sera rompu, en alimentant le feu sacré, jusqu’aux dernières braises. Mais la jeune femme le voit et sa simple capacité à considérer la situation d’une manière purement analytique, tandis que son ancien amant se débat dans des affects contradictoires, provoque son propre étonnement : le visage superbement lunaire qu’elle offre à son ancien partenaire est ce masque dans lequel sa surprise se fige, comme si elle n’en revenait pas d’avoir quitté celui qu’elle aimait et de paraître douce, en parlant lucidement d’une histoire achevée.
Il y a quelques années, l’écrivain François Bégaudeau avait évoqué dans "Le problème" l’histoire d’une femme qui décide de quitter mari et enfants. Ce départ n’advenait pas dans un fracas de cris et de pleurs. On sait gré à (In)achevé de suivre le même chemin et de tourner le dos aux situations pathétiques, en accompagnant avec subtilité la fin d’une histoire d’amour.
(In)achevé - Teaser #1 from Zemzem Bzt on Vimeo.
Théâtre La Croisée des Chemins.
Du 17 septembre au 5 novembre 2017 : Samedi - Dimanche 19h30