Le 22 octobre 2021
En Chine, une mission proche de la frontière, est menacée par les troupes mongoles. Le tout dernier John Ford : une œuvre féministe étonnamment moderne.


- Réalisateur : John Ford
- Acteurs : Anne Bancroft, Sue Lyon, Betty Field, Woody Strode, Flora Robson, Eddie Albert, Mildred Dunnock, Margaret Leighton, Mike Mazurki
- Genre : Aventures
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Metro-Goldwyn-Mayer
- Durée : 1h27 mn
- Titre original : Seven Women
- Date de sortie : 27 juillet 1966

L'a vu
Veut le voir
Résumé : En 1935, à la frontière entre la Mongolie et la Chine, Agatha Andrews (Margaret Leighton) dirige d’une main de fer une mission protestante. Elle attend le nouveau médecin de la communauté pendant que gronde la révolte des Mongols qui menacent la frontière. Arrive le Dr Cartwright (Anne Bancroft), une femme plutôt libre qui va suspendre : portant le pantalon, fumant et jurant à l’occasion.
Critique : Le récit, tourné dans le décor unique de la mission, s’attache à la vie d’un groupe humain, très majoritairement féminin, que compose ce point reculé au milieu de nulle part, un peu à l’image d’un fort américain si souvent présent dans l’œuvre du cinéaste.
Celui-ci va livrer, à soixante-douze ans, ce qui sera son dernier long métrage, et va s’avérer étonnant à plus d’un titre. Les protagonistes sont toutes des femmes, et pour la plupart autonomes et habituées à prendre des décisions, ce qui n’était pas si courant à Hollywood au plein cœur des années 1960. Le seul homme occidental vivant à la mission (Eddie Albert) est un professeur timide et timoré, marié tardivement, après avoir longtemps hésité à devenir pasteur. Les autres hommes sont les domestiques et les envahisseurs mongols, ces derniers plutôt caricaturaux d’ailleurs.
La religion n’y est pas vraiment ménagée : Agatha Andrews, la responsable de la mission, dans la tourmente, montrera une image de la foi étriquée, aussi intolérante que bourrée de préjugés, et totalement inefficace. En filigrane, sans être explicitement nommée, la problématique sexuelle est soulevée à plusieurs reprises : le professeur, qui a failli être pasteur, semble un peu stupide dès qu’il en est question. Andrews, qui surprotége la jeune professeure Emma Clarke (Sue Lyon, la Lolita de Kubrick) face au docteur Cartwright, le fait-elle, comme elle le proclame, uniquement pour les raisons morales : rien n’est moins sûr. Ce docteur se comporte pour l’époque, comme un homme, et de plus pas très bien élevé : peu respectueuse de la hiérarchie, elle fume à table, s’assied à califourchon, et ne crache par sur une bouteille de whisky.
John Ford, avec ses tout derniers films, et particulièrement celui-ci, tord le cou à sa réputation d’auteur machiste et quelque peu réactionnaire. La façon dont il brosse les aventures de ce groupe de femmes est tout à fait étonnante et relève d’une modernité audacieuse pour l’époque.
Le personnage du docteur Cartwright, dont Anne Bancroft donne une belle interprétation, rappelle de loin celui de Dallas de La chevauchée fantastique (Stagecoach 1939) d’un certain... John Ford : une bonne occasion de revoir les rôles féminins de sa filmographie.
La toute dernière réplique du film, et donc de l’œuvre du cinéaste, prononcée par Anne Bancroft "So long, you bastard !" sonne un peu comme l’adieu espiègle en forme de clin d’œil de l’un des plus grands cinéastes américains du XXe siècle.