Le 29 mai 2015
Un film retors totalement inclassable, qui a toujours un coup d’avance sur le spectateur. Le tout sur fond de guerre des sexes !


- Réalisateur : Piero Schivazappa
- Acteurs : Philippe Leroy, Dagmar Lassander, Lorenza Guerrieri
- Genre : Thriller, Érotique, Expérimental
- Nationalité : Italien
- Durée : 1h48

L'a vu
Veut le voir
Un film retors totalement inclassable, qui a toujours un coup d’avance sur le spectateur. Le tout sur fond de guerre des sexes !
L’argument : Le docteur Sayer, dirigeant d’une importante organisation caritative, se voyant réclamer des documents par une jeune journaliste, lui propose de venir les récupérer à son domicile. Le caractère dominateur et misogyne du bon docteur va bientôt se révéler dans toute son ampleur.
Notre avis : Femina ridens est un film peu connu, sorti en France en VHS sous le titre ridicule Le duo de la mort.
Son réalisateur, Piero Schivazappa a principalement œuvré à la télévision italienne. Son seul fait d’armes au cinéma reste ce Femina Ridens (The laughing girl de son titre international, bien plus évocateur), une entité filmique inclassable, surtout célèbre pour sa magnifique bande son psychédélique, composée par Stelvio Cipriani. Une musique totalement dans la tendance de l’époque. Cela étant, si ce long métrage mérite amplement que l’on s’y attarde, ce n’est pas seulement pour sa bande originale.
Femina ridens baigne dans des décors délicieusement pop, typiques des années 60, et qui trouvent leur apothéose avec la gigantesque statue de femme au vagin denté de l’artiste française Nikki de Saint Phalle. Cette sculpture monumentale est d’ailleurs devenue le symbole métaphorique de ce film insolite.
Considéré à tort comme un giallo, Femina ridens ne partage avec ce genre que des mises en scène sadiques exercées sur des femmes. Joyeux programme !
Quand on y regarde de près, Femina ridens est bien tordu avec son scénario imprévisible. Le spectateur peut difficilement deviner la suite des événements. Il est souvent pris de cours par les renversements de situations qui se multiplient.
C’est incontestablement ce qui fait l’une des grandes forces de cette œuvre.
Et cette Laughing girl n’a pas fini de dérouter le spectateur. Au milieu du long métrage, on constate un basculement brutal dans son rapport de force. Car Femina ridens est un film de lutte où l’homme veut continuellement exercer sa domination sur la gente féminine et la rend responsable de tous les maux, notamment l’impuissance.
En cela, on pourrait rapprocher ses thématiques aux pinku eiga japonais (Bondage, Une femme à sacrifier, Quand l’embryon part braconner) des années 60-70 avec lesquels il partage également ses délires formels.
Dans ce quasi huis-clos, le film confronte un notable important, interprété par un excellent Philippe Leroy (Milan calibre 9, Portier de nuit), à une jolie journaliste jouée par une subtile Dagmar Lassander (Une hache pour la lune de miel, La louve sanguinaire), deux acteurs bien connus des bisseux.
Cette œuvre, qui n’a jamais su trouver son public (à sa sortie en 1969 le film a été boudé par les spectateurs italiens), mérite incontestablement une réévaluation. Car elle constitue clairement l’un des joyaux du cinéma bis transalpin.