Le 22 février 2019
Un des plus magnifiques courts métrages de l’histoire du cinéma, porté par l’interprétation de Veronika Varga.


- Réalisateur : Yvon Marciano
- Acteurs : Veronika Varga, Yvon Marciano
- Genre : Court métrage, Noir et blanc
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gravida Films
- Durée : Oh21min

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Date de sortie : 1993
Résumé : Le bout d’essai d’une jeune comédienne.
- Copyright Gravida Films, 1993
Critique : Qui se souvient d’Yvon Marciano ? Certains cinéphiles citeraient volontiers Le Cri de la soie, avec Marie Trintignant. Mais c’est surtout Emilie Muller qui, des années après, demeure au bord des lèvres comme l’un des plus beaux courts métrages à chute jamais réalisés, aussi inoubliable que peut l’être Le dormeur du val dans la poésie. Et l’on pèse nos mots : même fin inattendue, même sidération, quoique les thèmes soient dissemblables. Pour paraphraser Guitry, le silence qui suit est encore de Marciano.
Pourtant, quoi de moins cinématographique, en apparence, que cette œuvre, dont la plus grande partie consiste en un plan fixe sur une jeune comédienne, candidate à un rôle, s’exprimant avec aisance, face caméra, tandis qu’elle vide le contenu du sac à main qui se trouve sur ses genoux, chaque objet lui inspirant une anecdote, un récit plus long, une réflexion philosophique nimbée d’une rêverie touchante. Emilie Muller a tout d’une rohmérienne, analyste de sa propre existence, sans même qu’on ait à la solliciter d’une manière insistante. Par la grâce de ses narrations successives, elle fait émerger un écheveau de scénarios possibles. Toutefois, un invariant de la situation intrigue d’emblée : dès lors qu’elle s’apprête à enchaîner sur un autre objet, la parole de son interlocuteur l’arrête pour qu’elle précise, ce qui semble l’arrêter net et profile sur son visage l’esquisse d’une inquiétude. Mais quoi de plus normal, après tout, quand on passe une audition.
Quelquefois, la postulante semble chercher, son regard se perd plusieurs secondes. Souvent, elle trouve et ce qu’elle dit a la saveur rare des confidences hypermnésiques, parsemées d’indices troublants. Ainsi, lorsqu’elle évoque une amie expatriée au Brésil, son propos ne laisse pas d’interroger. De même, on demeure perplexe sur ce qu’elle peut dire d’un paquet de cigarettes, alors qu’elle ne fume pas. A deux reprises, des interruptions adviennent, qui ne sont pas le fait d’une longue hésitation ou d’un moment de stress. Non, tout simplement, la parole d’Emilie semble épuiser la longueur de la pellicule qu’elle dévore de toute sa présence. On se dit qu’assurément -même si nous ne verrons jamais les autres candidat(e)s-, le rôle lui échoiera.
Quel rôle d’ailleurs ? Tout est là et bien davantage. Les ultimes moments de cette œuvre nous laissent aussi interdits que le réalisateur, apprenant la stupéfiante nouvelle. Pour le reste, on en dira pas plus. Il faut tout simplement vivre cette expérience plutôt unique de spectateur.
Copyright Gravida Films, 1993