Collection Comédie Française
Le 18 août 2012
Le charme discret de la désuétude, dans cette mise en scène poussiéreuse mais pleine de gaieté.


- Acteurs : Michel Aumont, Jean-Noël Sissia , Paul-Emile Deiber, François Chaumette, Geneviève Casile
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Editeur vidéo : Éditions Montparnasse
- Durée : 2h13mn

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– Mise en scène : Pierre Dux
– Date de sortie DVD : le 21 août 2012
Le charme discret de la désuétude, dans cette mise en scène poussiéreuse mais pleine de gaieté.
L’argument : Pendant un long voyage qui le ramenait victorieux de la guerre de Troie, Agamemnon s’éprit de l’une de ses captives, Cassandre, fille de Priam, avec qui il eut des enfants. L’accueil à Argos, plus de dix ans plus tard, fut glacial. Contrariée par la double indélicatesse de son mari, Clytemnestre, sa femme, devenue entre-temps la maîtresse d’Egisthe, le tua avec le concours de son amant. Egisthe devint alors le régent et assura la prospérité de la ville aux côtés de sa maîtresse, la reine veuve. Mais Electre, l’une des filles d’Agamemnon, presse depuis toujours le meurtre et l’adultère de sa mère. Solitaire, sauvage, elle vit dans le palais royal en attendant le retour d’Oreste, son frère, réfugié depuis l’enfance chez un oncle, afin de se venger. Electre peut commencer ; les crimes de la famille des Atrides continuer tranquillement, comme prévu.
Notre avis : Electre est sans doute, avec Antigone, l’une des pièces les plus célèbres de Giraudoux. Cause ou conséquence de sa bonne fortune, elle continue à servir pour bon nombre d’enseignants de support pédagogique, offrant aux élèves matière à disserter sur le renouveau du genre tragique au XX° siècle et son évolution par rapport aux modèles antiques. Il faut dire que la "modernité" du texte s’affiche sans complexe, notamment dans l’usage constant que fait l’auteur des anachronismes (cela contribue, dans un sens, à la rendre un peu naïve). Non seulement dans leur manière de parler, mais aussi par leur façon d’agir, les personnages de cette vraie-fausse tragédie se moquent allègrement des codes pour se comporter avec l’impertinence délicate d’acteurs de boulevard (par exemple, l’intrigue regorge d’adultères). Par cette esthétique, l’auteur s’empare également de la scène comme d’un moyen de revendication au service des "petites gens" : témoins Oreste et le mendiant, curieux personnage dictant l’intrigue.
A l’image d’un livre devenu quelque peu scolaire, Pierre Dux livre une mise en scène académique, avec son lot de costumes et de décors réalistes, parfois peu assortis à l’air de notre temps. Mais qu’importe : que tout cela soit vieilli ou volontairement kitsch - le costume du Président, personnage que l’on croirait tout droit sorti d’Astérix ! - cela ne change pas grand chose puisque le texte est suffisamment léger pour être appréhendé avec du second degré. On se plaît même au charme désuet de l’ensemble. Si Electre (Geneviève Casile) agace légèrement dans le rôle-titre, et si le physique de Jean-Noël Sissia ne passe pas très bien à l’écran (sa beauté est froide, marmoréenne, presque "d’époque") ; en revanche on se régale des personnages secondaires : Annie Ducaux incarne Clytemnestre sans manichéïsme, Denise Gence compose une émouvante femme Narsès, enfin Paul-Emile Deiber n’a pas pris une ride dans le rôle du mendiant. L’ensemble séduira au-delà d’un public d’avertis.
Les suppléments :
0
L’absence de bonus ne peine pas le spectateur, dans la mesure où la pièce est déjà un peu longue.
L’image :
Beau travail de restauration, qui impose un format peu commode (4/3), mais permet de visionner l’ensemble sans désagrément (ni grains, ni chocs). Les couleurs ont un peu vieilli mais sans incidence, ajoutant même au charme de l’ensemble.
Le son :
Un pudique Mono ne permet pas toujours d’apprécier l’arrière-fond sonore (trompettes, coqs, etc.) mais suffit à faire entendre nettement les timbres de voix. L’absence de public ne dérange nullement.