Le désespoir en chantant
Le 17 décembre 2002
Une chorale d’hommes dans les confins de la Norvège donne l’occasion à Knut-Erik Jansen de dresser des portraits émouvants.

- Réalisateur : Knut-Erik Jensen
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Norvégien

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– Durée : 1h40mn
Une chorale d’hommes dans les confins de la Norvège donne l’occasion à Knut-Erik Jansen de dresser des portraits émouvants.
Metteur en scène sans concession, utilisant le documentaire pour parler des petites gens du monde, Knut Erik Jensen fait ses premières armes à la NRK, la télévision norvégienne. Il réalise ensuite Stella Polaris en 1993, Burn by Frost en 1997 et Passing darkness en 1999. Cool and Crazy, son dernier film, a déjà fait le tour des festivals. Un Norvégien sur cinq l’a vu, c’est dire l’engouement pour ce documentaire qui évoque une poignée d’hommes perdus aux
confins de la Norvège...
Stoïque, le choeur d’hommes sous la neige résiste aux rafales, à la mer déchaînée, à la brume glacée qui gèle moustaches, pantalons et barbes vikings. C’est la première image du film. Le fracas de l’océan couvre les chants dans cette tourmente.
C’est un monde rude et masculin où la femme a peu de place et c’est elle qui, pourtant, occupe toutes les pensées de ces marins du bout du monde. Dans cet univers en musique où le réalisateur, par clins d’oeil successifs, met en scène cette chorale d’hommes, tous les types de chansons traditionnelles sont déclinés. Cool and Crazy est bien froid, mais avec le soupçon de douce folie sans laquelle il serait impossible de vivre sous ces latitudes.
C’est une suite de portraits de vieux loups de mer, mangés de solitude, pour qui la chorale reste le seul amarrage lorsqu’ils ont perdu leur idéal communiste, le hash, les amphétamines ou leur femme. C’est aussi un endroit où la solidarité et la chaleur des rencontres mêlent les jeunes et les vieux, le chauffeur de taxi et le marin, et permet de raviver la mémoire d’un peuple en côtoyant ceux qui ont vécu les atrocités de la Seconde Guerre mondiale.
Le sacristain, dont la tête résonne depuis que l’éclat d’un obus s’est logé sous son crâne, ou celui qui aime tant les petites femmes russes, qui a appris à marcher de son pas décidé dans la marine et qui en est si fier. Tous ont une vie à raconter. Alors peut-être que ce qui se passe dans le Finnmark paraîtra bien loin aux Français, peut-être aussi que le léger sentiment de nationalisme qui perce naïvement dans le texte des chansons et dans la mise en scène en irritera plus d’un. Mais, certainement, le peuple norvégien est fier et il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour dénier à ces travailleurs de la mer leur courage, leur obstination à vivre dans cette rigueur climatique. Ils nous ressemblent pourtant...
Lorsque leur chorale prend le bus pour se rendre dans la ville de Mourmansk, dans la Russie voisine, afin d’y donner un concert, la colère et la tristesse se manifestent de voir un pays qui ressemblait tant au leur, dévasté par le site industriel de la ville. Le marin communiste pleure son idéal, les autres se taisent avec la grande discrétion de ceux qui souffrent pour tout oublier finalement, le temps d’un concert... The show must go on... Cool and crazy !