Le 15 décembre 2020
Yukio Mishima se livre à une vertigineuse introspection psychologique. Remontant à sa plus tendre enfance, il décortique, reconstitue ses raisonnements de l’époque, et nous livre un roman où il ne cache rien, ni de ce qu’il ressentait enfant, ni de ce qu’il en pense adulte.


- Reprise: 5 novembre 2020
- Auteur : Yukio Mishima
- Collection : Folio
- Editeur : Gallimard
- Nationalité : Japonais
- Traducteur : Dominique Palmé
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

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Livre publié en 1949
Résumé : {Confessions d’un masque} nous emmène dans la tête de Kochan, qui nous raconte sa vie, en partant de sa naissance, puis son enfance hanté de fantasmes étranges, les difficultés de l’adolescence et du passage à l’âge adulte. Une histoire qui se déroule dans le japon depuis l’entre-deux guerres jusqu’à la capitulation de l’empereur.
Critique : Mishima raconte Mishima. Se cachant derrière Koshan, un personnage fictif parlant à la première personne, on reconnaît rapidement l’écrivain, enfin on le suppose. Il s’agit bien, comme l’indique le titre, de confessions. Kochan s’adresse à nous, nous interpelle, c’est lui l’auteur de cette histoire, c’est lui qui analyse celui qu’il était plus jeune et qui tente de nous faire partager la manière dont il pensait à l’époque. Et derrière lui, on suppose Mishima.
Et Kochan ne se fait pas de cadeaux, il nous dévoile tout. Tout ce qu’il lui reste comme souvenirs de cette période : sa naissance, son rapport avec sa famille, ses premiers fantasmes sur les hommes, plutôt sur les beaux corps musclés masculins, et sur la souffrance.
Dans un Japon où les relations humaines et sociales sont codées, Kochan, qui s’auto-étudie avec acuité, malgré son regard d’enfant, comprend qu’il lui faut prendre du recul par rapport au reste du monde. Mais comment trouver sa place ? Il voit, il sait, mais ne parvient pas forcément à tout saisir de lui, de ce qu’il ressent, de ses émotions.
A force de d’ausculter tout ce qu’il traverse, il se retrouve obligé de placer des causes, des mots sur toutes ses émotions, et parfois, il se trompe. Mais Kochan adulte, qui raconte le récit et interpelle le lecteur, l’incite à réaliser cette imposture. Oui, il s’agit bien de confessions, mais des confessions du masque que Kochan s’est confectionné pour vivre, plutôt pour survivre.
Assumant toutes ses contradictions intérieures, ce fulgurant voyage dans les vingt premières années du jeune homme nous fait découvrir l’intérieur du personnage, mais aussi l’extérieur, la société japonaise de cette époque, certaines de ses caractéristiques.
Ce sont de multiples niveaux de lecture que nous offre ce roman. L’enfant vit, il se regarde vivre, il s’interroge, se construit des réponses et l’adulte qui raconte se penche et revient sur cette existence, ces interrogations, et dévoile la vérité derrière ses réponses.
Le récit s’arrête comme il aurait pu continuer encore, sur une de ses multiples contradictions, sur ces opposés extrêmes qui attirent et fascinent Kochan, homme et femme, pureté et malice, envie d’aimer et de détruire, symbolisé par une chaise vide, un endroit où l’on ne sait qui va prendre place, maintenant. Tout comme Kochan doit décider comment vivre sa vie, à présent.
Confessions d’un masque est un livre âpre, pourtant raffiné. Il évoque la vie à l’état brut d’un jeune Japonais, et l’analyse subtile, rigoureuse, d’un auteur talentueux. Et il s’avère que le jeune Japonais et l’auteur talentueux ne sont qu’une seule et même personne, à deux âges différents de la vie.
288 pages – 7,50€