Après la mort
Le 26 janvier 2005
Un documentaire sobre et pudique mais dans lequel la parole fait parfois défaut.


- Réalisateur : Denis Gheerbrant
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français

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– Durée : 1h45mn
Un documentaire sobre et pudique mais dans lequel la parole fait parfois défaut.
Argument : Après avoir interrogé une jeune femme tutsi en Allemagne, Denis Gheerbrant part au Rwanda à la rencontre des habitants. Il fait très vite la connaissance de Deo qui sera son traducteur et son guide. Deo s’occupe d’une association de village pour orphelins. Il nous présente cette nouvelle famille, ses voisins, nous guide à travers les montagnes où il a vécu, nous emmène dans un camp de prisonniers, où les auteurs du massacre se jugent entre eux, cherchant à dégager des responsabilités individuelles dans des actes collectifs ; puis on assiste à une noce où se mélangent Hutus et Tutsis...
Notre avis : A la fin du film, Denis Gheerbrant, lors d’une noce, enjoint l’assistance à "bien raconter l’histoire du Rwanda pour améliorer non seulement le Rwanda mais aussi le reste du monde". Cette parole est symptomatique du film, de ses limites comme de sa force : le cinéaste est allé au Rwanda pour "comprendre ce que c’est que revenir à la vie". Et plutôt que d’interroger, de fouiller, il choisit de regarder vivre les gens. Alors, on apprend très peu sur l’histoire du génocide, on a peu de témoignages si ce n’est celui d’Esther partie (re)vivre en Allemagne ; et le fait qu’elle soit seule à raconter semble nous dire qu’il lui a fallu s’extraire de son pays pour s’exprimer. Les autres parlent rarement, et seulement des origines (liées au colonialisme) du massacre ou de la vie avant/après, comme si le génocide n’était qu’une date butoir.
De la retenue du cinéaste, de son attention à la vie qui se fait, de son honnêteté qui consiste à ne traduire pour le spectateur que ce qui lui a été traduit, sans chercher à savoir ce qu’on n’a pas voulu lui faire comprendre, découle une sorte de frustration : on a parfois l’impression qu’on ne va pas au bout du sujet. Mais devant ce genre de thème, n’est-ce pas la meilleure réponse ? Frustration journalistique contre révélation humaine : on est d’autant plus à l’écoute de Deo qui, le sourire toujours aux lèvres, nous explique que la reconstruction est parfois si ardue que certains auraient préféré mourir ; on est d’autant plus attentif à l’unique larme du film ; et à la danse et au chant culturels comme façon de parachever l’homme. Le jugement des prisonniers par d’autres prisonniers n’en devient que plus surréaliste, comme à la noce, la présence supposée de personnes qui ont participé au massacre. Le cinéaste dit qu’il aurait aimé voir les paysages comme les plus beaux du monde ; on lui est reconnaissant de ne pas avoir cherché à nous les montrer comme les plus beaux du monde et de nous avoir emmenés dans le Rwanda plutôt qu’au Rwanda.