Le 9 décembre 2015


- Scénariste : Olivier Bocquet >
- Dessinateur : Jean-Marc Rochette
- Genre : Science-Fiction
- Editeur : Casterman
- Famille : BD Franco-belge
- Date de sortie : 1er octobre 2015
Terminus, suite du Transperceneige, créé un aboutissement pour un univers riche et glacial.
Résumé :
Le Transperceneige arrive en bout de course, ce train lancé dans un futur rongé par une nouvelle ère glaciaire. A court de carburant et de nourriture, ses habitants, qui achèvent de se soulever contre l’ordre établi, n’ont comme unique espoir une musique venue du monde souterrain. Une enclave sous la surface qui cache peut-être un monde encore pire...
© Casterman
Notre avis :
Faire une suite à la série de BD culte Transperceneige était un pari osé... Imaginer un monde aussi torturé, froid et implacable, renouveler un univers aussi riche et torturé, prendre la relève de Lob pour Bocquet et se réinventer pour Rochette, toutes ces difficultés ont été surmontées pour aboutir à un ouvrage solide, accompli et visuellement irréprochable. Après les trois tomes, après le film, il faudra aussi compter sur une série américaine qui reprendra le scénario de Terminus, qui s’inscrit déjà dans la continuité de cette œuvre majeure de la science-fiction française.
Alors bien sûr, tout n’est pas rose dans l’univers du Transperceneige. Fini l’intérieur d’un train lancé à toute vitesse dans les glaces, bienvenue dans une gare souterraine, dernier refuge de l’humanité. Un ancien parc à thème centré sur les dernières technologies alimentaires, une enclave scientifique préservée qui ouvre ses bras aux réfugiés des neiges... Évidemment, cette mise en scène cache quelque chose : des troglodytes qui séparent les femmes enceintes et les enfants, qui placent tout le monde en quarantaine, et surtout qui portent des masques de souris, ça cache toujours quelque chose de mauvais. Entre Maus et la Compagnie des Glaces, cet opus veut à nouveau prouver que l’humanité porte en elle de très mauvais penchants. Ne serait-ce que par cette femme issue du peuple, la présidente, qui sensée d’abord incarner l’espoir de l’égalité entre les passagers, va petit à petit basculer dans la dictature ou la collaboration... Dommage car ce personnage d’une femme âgée avait l’air très prometteur...
© Casterman
Pour autant, si l’œuvre n’hésite pas à partir dans certains aspects caricaturaux, comme le duo de scientifiques mégalomaniaques ou les retombées aléatoires radioactives, elle a su éviter certains écueils du genre SF. Pas d’irradiés laissés dans le formol et finalement brûlés, les enfants radioactifs sont sauvés, tout comme les bourreaux empreints de folie scientifique, ou même les gardiens souris. La violence est finalement assez peu soulignée, si ce n’est dans les grandes idées, dans les discours ou les éléments cachés. Comme si le décor de la ville souterraine faisait plus peur quand on ignore ce que les portes dissimulent...
© Casterman
Graphiquement superbe, les premières pages composées en noir-gris-blanc laissent place à des couleurs plus chaudes, mais toujours tirées par le noir. Une palette graphique qui participe évidemment à l’ambiance frigide, à l’atmosphère pessimiste. L’absence de regard des personnages en dit long, car souvent on ignore ce qu’ils pensent. Du coup, l’épilogue laisse presque perplexe, avec ce bond dans le temps, cette ultime note d’espérance qui contraste avec le reste de l’oeuvre. Terminus arrive donc aussi à surprendre jusqu’au bout, en ce qu’il complète harmonieusement la saga tout en évitant de s’enfermer dans un carcan apocalyptique glacé.
222 pages - 25 euros.