L’oeuvre de Dieu, la part de Méphistophélès
Le 11 novembre 2010
Malgré une réflexion pertinente sur la place de l’artiste dans la tourmente de l’histoire, le cinéaste Istvan Szabo ne se détache pas suffisamment de la pièce de théâtre originale pour en tirer un film incontournable.

- Réalisateur : Istvan Szabo
- Acteurs : Harvey Keitel, Moritz Bleibtreu, Stellan Skarsgård
- Genre : Drame, Historique
- Nationalité : Britannique, Français, Allemand
- Date de sortie : 30 avril 2002

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– Durée : 1h45mn
– Titre original : Taking sides
Malgré une réflexion pertinente sur la place de l’artiste dans la tourmente de l’histoire, le cinéaste Istvan Szabo ne se détache pas suffisamment de la pièce de théâtre originale pour en tirer un film incontournable.
L’argument : Dans l’Allemagne d’après-guerre, les Alliés organise une vaste campagne de dénazification, désignant et punissant les coupables et restaurant les valeurs démocratiques. C’est dans ce cadre que le major américain Steve Arnold est chargé d’enquêter sur l’implication du prestigieux chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler dans le régime nazi. Devant faire du "cas Furtwängler" un exemple, il ne recule devant aucune forme de pression et d’intimidation.
Notre avis : Interprété sur les planches par Michel Bouquet et Claude Brasseur, et acclamé par la presse ; A torts et à raisons est l’adaptation d’un scénario de Ronald Harwood (Le pianiste, Le scaphandre et le papillon) qui reprend les grands thèmes récurrents du metteur en scène hongrois Istvan Szabo. Grand amateur de musique classique (La tentation de Vénus), il prolonge son questionnement sur la place de l’artiste dans la tourmente de l’histoire (Mephisto), tout en s’indignant de constater que les idéaux peuvent être entachés par d’éventuelle appartenance sociale ou politique (Colonel Redl, Sunshine). Évoluant dans l’"Allemagne année zéro", les Alliés, qui veulent faire table rase de tout ce qui touche de près ou de loin aux vestiges du pouvoir hitlérien, envoient un officier américain (Harvey Keitel, parfait comme à son habitude) pour faire toute la lumière sur l’hypothétique connivence idéologique du chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler (l’acteur suédois Stellan Skarsgard, l’inoubliable paralytique dans Breaking the waves de Lars von Trier) avec le Führer, sorte de Faust qui aurait vendu son âme au régime nazi ?! Szabo s’offre un casting international pour ce face-à-face implacable entre deux monstres sacrés du septième art, lesquels sont entourés de Moritz Bleibtreu et Ulrich Tukur (deux excellents comédiens du nouveau cinéma allemand).
A bien des égards, Taking sides est assez proche de Doute (Doubt) : le scénariste qui réécrit sa propre pièce jouée sur scène pour le grand écran ; avec pour effet préjudiciable, une mise en scène minimaliste et trop théâtrale (les décors sont par moments trop voyants) qui privilégie le jeu des acteurs, et plus encore la culpabilité ou non du personnage principal. Avec ce huis clos suffocant, il fait intelligemment appel au sens critique du spectateur en dépit d’une prise de position manifeste qui se réfère au titre Taking sides (prenant parti). Une œuvre sournoise sur les affres d’une période révolue qui considère le public (plus celui du cinéma d’auteur), à sa juste valeur.
La bande-annonce : ICI