Le 15 mars 2022
Derrière un ton faussement léger, se cache un film rare et profond sur le désir d’un enfant vis-à-vis de son instituteur.


- Réalisateur : Samuel Theis
- Acteurs : Izïa Higelin, Antoine Reinartz, Aliocha Reinert, Mélissa Olexa
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h35mn
- Date télé : 17 mai 2024 21:00
- Chaîne : France 4
- Date de sortie : 9 mars 2022
- Festival : Festival de Cannes 2021, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2021

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Résumé : Johnny a dix ans. Mais à son âge, il ne s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans sa cité HLM en Lorraine, il observe avec curiosité la vie sentimentale agitée de sa jeune mère. Cette année, il intègre la classe de Monsieur Adamski, un jeune titulaire qui croit en lui et avec lequel il pousse la porte d’un nouveau monde.
Critique : Le cinéma a abordé régulièrement la question de l’abus sexuel d’adultes sur des enfants. Cette fois, chose rare, Petite nature renverse la question en traitant l’attirance amoureuse d’un enfant vis-à-vis de son instituteur. Le sujet éminemment casse-gueule est traité avec une grande subtilité, sans jamais céder au mélodrame ou au grotesque. Il faut dire que le jeune comédien Aliocha Reinart y est pour beaucoup. Il incarne ce gamin un peu perdu, dans une famille séparée, avec une mère aussi attachante que tragiquement insécurisante, un frère aîné en pleine adolescence, et une petite sœur qui survit comme elle peut à ce drôle de climat. La smala vient de déménager dans un quartier sensible de Béthune et est confrontée à la violence des quartiers, et la difficulté d’élever ses enfants quand on est une mère isolée peu fortunée.
- Copyright Ad Vitam
Petite nature est un film habile et sensible. Le cinéaste ne cède jamais à la grossièreté ou la caricature. Il aime ses personnages, tout en prenant la mesure de leurs éventuels débordements et de limites. Le jeune Johnny, lui, compose avec une réalité familiale pas toujours facile et finalement, s’améliore à l’école parce qu’il a rencontré un enseignant auquel il croit. La relation entre les deux est tout à fait bien décrite. Samuel Theis donne à voir l’éveil aux désirs d’un jeune garçon, et l’ambivalence affective des adultes qui s’engagent auprès de lui. Car la compagne de Jean, l’instituteur, participe à cette confusion des sentiments en invitant plus que de raison à leur domicile.
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Le long-métrage écarte toute velléité polémique ou politique. Il montre avec brio que la sexualité parfois complexe des enfants n’est pas sans mettre en risque les adultes qui les accompagnent. Pour autant, le risque de l’abus demeure présent, à travers la figure de l’enseignant qui met en œuvre une pédagogie pour le moins originale, voire limite. Cela dit, le sujet pose de manière ouverte les enjeux des affects dans la relation éducative et la nécessité pour un enseignant ou un éducateur de toujours garder une certaine distance critique sur ce qui se joue entre lui et le jeune qu’il aide à grandir.
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Petite nature est à sa façon une petite merveille sur la pédagogie. Si le sujet lancera des débats passionnés entre enseignants, il faut l’envisager comme une sorte d’éducation sentimentale contemporaine et touchante.