Le 20 février 2025
Cette passionnante odyssée dans l’univers du business sportif est surtout l’occasion de découvrir l’époustouflante interprétation de Jamel Debbouze dans le rôle d’un agent de footballeur, au bord du vertige. Une œuvre absolument prenante d’un bout à l’autre.


- Réalisateur : Tristan Séguéla
- Acteurs : Jamel Debbouze, Vincent Rottiers, Monia Chokri, Stéphane Bak, Birane Ba, Milo Machado Graner, Hakim Jemili
- Genre : Thriller, Film de sport
- Nationalité : Français
- Distributeur : Pathé Distribution
- Durée : 1h59mn
- Date de sortie : 19 février 2025

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Résumé : MERCATO nous plonge dans les coulisses du football d’aujourd’hui, industrie planétaire où les intérêts se chiffrent en milliards. Driss, agent de joueurs, a sept jours pour sauver sa peau avant la fin du mercato...
Critique : Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, le football professionnel est pourri par un système capitaliste poussé à l’extrême auquel chacun, sportif, agent, coach etc. contribue sans le moindre scrupule, pourvu que les gains s’amplifient. Et derrière, il y a ces foules de supporters qui payent sans broncher les flux monétaires absolument époustouflants. C’est peut-être ce que Tristan Séguéla a voulu dénoncer en plus de raconter un thriller d’une très grande énergie qui plonge un agent, menacé de mort par des mafieux, de trouver en moins de huit jours ce qui, pour le commun des mortels, correspond à plusieurs années de salaire.
- Copyright Mika Cotellon
Mercato est donc un film sur l’argent du sport, les sportifs de haut niveau étant l’enjeu d’échanges numéraires entre clubs qui sont prêts à toutes les extravagances pour obtenir le meilleur et faire valoir leur prestige. Des manipulations à l’étage supérieur des états interviennent, notamment quand il s’agit du Katar ou des Emirats Arabes qui manifestement alignent les millions d’euros sans problème pour améliorer leur image aux yeux de l’occident. D’ailleurs, la notion même de "mercato" témoigne d’une sorte de marché du sport où les athlètes sont vendus et rachetés, à leur insu souvent, comme des actions en bourse. Il n’y a pas une once d’humanité là-dedans. Les footballers ne se distinguent pas non plus par leur grande ouverture d’esprit et leurs capacités d’analyse. En même temps, au risque de la caricature, ils ne sont pas payés pour penser mais pour pousser un ballon qui génère des millions d’euros.
Mercato est aussi le portrait d’un agent, obsédé par le gain, dont la vie privée se résume à une paternité ratée et une vie sentimentale vide. On voit apparaître son fils adolescent qu’il n’a pas vu depuis plus de 3 mois et le pauvre gamin se retrouve précipité d’un pays à l’autre, d’un hôtel à l’autre, dans le seul intérêt des affaires de son père. Cet agent, c’est le comédien Jamel Debbouze. Le générique annonce que le comédien est à l’initiative de ce film, ce qui explique sans doute l’engagement et la force qu’il apporte au récit. Car, s’il y a quelque chose à valoriser, c’est d’abord l’interprétation de l’acteur, surtout connu pour ses sketchs humoristiques. Il se fond dans cet univers avec une immense facilité, jouant à la fois sur la proximité avec les communautés populaires des quartiers, et sa connaissance incontestable du star système. On redécouvre non seulement un acteur, mais surtout un grand comédien qui n’hésite pas à donner de sa personne pour rendre le plus possible crédible son personnage qui manifestement fait partie, pour les sportifs, de l’ancien monde.
- Copyright Mika Cotellon
Mercato constitue une histoire prenante d’un bout à l’autre, qui emprunte les ficelles du thriller et de l’aventure. Le héros semble à la recherche du Graal, l’essentiel de sa quête se trouvant en lui-même dans son désir de sortir des gamins de leur banlieue et de cultiver une forme de paternité heureuse. Le spectateur est totalement happé par l’énergie du scénario qui jusqu’à la dernière minute fait douter de la réussite du protagoniste. La toute dernière scène d’ailleurs réconcilie avec beaucoup de grâce la bataille que mène l’agent vis-à-vis de ses pourchasseurs et celle vis-à-vis de lui-même pour trouver la paix. Le long-métrage ressemble à un film de guerre où la mort guette en permanence les uns les autres, qu’il s’agisse des sportifs ébouriffés par l’argent mais qui du jour au lendemain peuvent être relégués aux pires des oubliettes, ou tous ces professionnels qui se payent sur la bête du business sportif et peuvent à tout moment se casser les dents.
Mercato est certainement l’œuvre la plus aboutie et la plus maîtrisée de Tristan Séguéla. Le cinéaste manie le goût de l’aventure avec un vrai talent, tout en dénonçant non sans grincer les dents un univers sportif complètement corrompu par l’argent. Voilà un film qui donne envie d’aimer le cinéma et de se laisser emporter dans une Odyssée aussi fascinante que flippante.