Le 14 janvier 2020
Le retour du loup dans les vallées montagneuses suscite autant de fascination que de polémiques. Dans un long métrage militant, Jean-Michel Bertrand suit la piste d’un jeune loup solitaire qui doit faire face aux meutes hostiles et aux activités humaines. En dépit de belles images, le film stagne dans la monotonie.


- Réalisateur : Jean-Michel Bertrand
- Genre : Documentaire, Film animalier
- Distributeur : MC4
- Durée : 1h28mn
- Date télé : 24 mai 2025 22:25
- Chaîne : Arte
- Âge : À partir de 8 ans
- Date de sortie : 15 janvier 2020
- Plus d'informations : Dossier pédagogique pour les enseignants

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Résumé : Jean-Michel Bertrand, après La Vallée des loups, continue de suivre la piste des loups, solitaires ou en meute. Il questionne la cohabitation avec les humains et plus généralement, le rapport de l’Homme et la Nature.
- Copyright Gemeka Films
Critique : L’affiche du film prévient : il s’agit de l’aventure de Jean-Michel Bertrand, parti sur la piste d’un jeune loup solitaire, afin de mieux comprendre les déplacements des loups. Il est donc beaucoup question de lui à l’écran, ses nuits en montagne, dans les vallées, ses réflexions sur la place de l’Homme dans la nature. Le film est avant tout militant : on apprend peu de choses sur les loups à proprement parler, mais le protagoniste s’attache à montrer la vision humaine, soit contemplative, soit inattentive au monde qui l’entoure. De manière didactique, il se met en scène comme partie intégrante de la montagne, s’adaptant à la température, l’obscurité ou aux vents violents. La réalisation appuie son propos : l’être humain ne peut vouloir dominer les éléments qui l’entourent. En se contentant de livrer son opinion, d’une voix monocorde, le réalisateur semble lire son carnet sur lequel il couche sur le papier ses réflexions, sans parvenir à démontrer son parti pris. Il y a là davantage une affirmation qu’une démonstration : la distance avec le sujet n’est pas suffisante pour réaliser un film qui pourrait convaincre les sceptiques ou réfractaires. La polémique autour de ce long-métrage, accusé d’être « pro-loup », en est une bonne illustration : en l’absence d’argumentation, le débat n’avance pas.
Pourtant, l’intention est sans doute présente dans l’esprit du réalisateur : en essayant de suivre la trace des loups, celui-ci tente de monter les obstacles de leur survie : les meutes territorialisées, les dangereuses infrastructures humaines, l’absence d’autorégulation des proies sur les territoires. Si un berger apparaît dans le film, il n’a pas le droit à la parole pour expliquer son métier et sa cohabitation avec les prédateurs de son troupeau. La quête est donc personnelle à Jean-Michel Bertrand, laissant le spectateur un peu trop loin de son investigation.
- Copyright Gemeka Films
Le loup apparaît beaucoup à travers les caméras fixées sur des arbres ou des cairns pour repérer les passages d’animaux, parfois en meute. L’œil se tient à bonne distance. Dans un moment où l’homme sera l’objet d’une visite nocturne, on ne voit pas l’animal, juste la réaction du réalisateur. Pourquoi ? Parce le film veut davantage questionner la place humaine que celle des espèces animales. En cela, l’œuvre se distingue des documentaires animaliers habituels, où l’on se concentre sur l’espèce concernée, en abordant peu la place de l’Homme. Là, c’est le contraire.
La vision de cet écologiste convaincu laisse place à de sublimes images, à tout moment de la journée. Si la neige se prête particulièrement aux plans larges, permettant des jeux de lumière ou de perspective, les scènes de nuit ou dans l’obscurité appellent les gros plans. La montagne est à l’écran comme on peut rêver qu’elle soit, sauvage, parfois inhospitalière, mais un refuge pour la biodiversité. Tourné dans les Alpes, en partie dans le Parc national des Ecrins, puis dans le Jura, le film est le reflet de la multiplicité des zones où le loup peut habiter. Des zones quasi-sauvages persistent en France, où la solitude semble possible.
Mais les images ne suffisent pas. L’absence de rythme, la voix monocorde de l’acteur et la mise en distance des loups empêchent le spectateur de se sentir témoin d’une aventure. On suit sans comprendre et sans émerveillement où tout cela doit nous amener.