Silicon valets
Le 25 juin 2013
Comme les VRP de Jéhovah, les Témoins de Google vous feront regretter de ne pas avoir de chien de garde. Même mental.


- Réalisateur : Shawn Levy
- Acteurs : Owen Wilson, Vince Vaughn, Rose Byrne
- Genre : Comédie
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h59mn
- Titre original : The Internship
- Date de sortie : 26 juin 2013

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Comme les VRP de Jéhovah, les Témoins de Google vous feront regretter de ne pas avoir de chien de garde. Même mental.
L’argument : Billy et Nick, deux quarantenaires dont les carrières ont été pulvérisées par Internet, repartent à zéro en obtenant un stage chez Google, qui peut-être, débouchera sur un job. En compétition avec des petits génies de l’informatique tout droit sortis de l’école, ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas des dinosaures…
Notre avis : En effaçant la frontière traditionnelle qui sépare l’espace pub de la séance à proprement parler, Les Stagiaires annonce une nouvelle ère du partenariat commercial, dont cette comédie Google n’est peut-être que la première pierre. Dans une dizaine d’années, plantés devant vos multiplexes, vous hésiterez entre le drame coréen Samsung (la terrible histoire d’un comptable qui persiste à se rendre au travail malgré un cancer de l’aorte parce qu’il aime son entreprise), le film d’animation suédois Volvo (la belle histoire d’un DRH de Göteborg qui épouse sa voiture) ou le thriller japonais Nintendo (la sombre histoire d’un développeur tokyoïte traqué par un employé de Sony jaloux de son talent).
En attendant, c’est bel et bien l’ogre californien qui s’invite dans le scénario du film de Shawn Levy (Oui, le génie derrière La nuit au musée), et nous inflige sans trembler deux heures de prêche 2.0 à sa propre gloire. Quelque part entre Les Petits Champions et Rasta Rockett, la chose débauche donc deux surdoués de la comédie U.S pour mieux nous raconter comment deux éternels challengers de l’existence parviennent à intégrer les équipes de Big G en inondant de sagesse quadragénaire le méga-bulbe des jeunes employés en puissance. Le cahier des charges marketing : se rapprocher du consommateur par le rire, humaniser la firme en versant dans l’auto-dérision de façade, se faire bien voir des seniors, valoriser le plus-produit progressiste de la multinationale, et prouver que le lien social ne se dissout pas dans son cousin hypertexte.
Soit. Mais pour que le public accepte d’avaler du sous-texte propagandiste à longueur de plan et subisse sans broncher le revers de la médaille sponsorisée, il est nécessaire d’en soigner l’endroit. Or, mis à part quelques séquences sur le naufrage ou l’obsolescence des VRP déphasés et un caméo de Will Ferrell en vendeur de matelas, les vannes de l’objet quittent rapidement le navire pour nous laisser dériver gentiment sur les eaux douces du positivisme googelien. Au sommet du fun, on ricane, et au pied de cette feel good montagne de sous-gags pré-viraux, on bâille à en pleurer. Si vous chérissez les reprises d’Imagine ou les colloques de néo-management, si vous aimez voir les underdogs croire en leurs chances, triompher contre toute attente et chanter les louanges du team spirit à la sauce american dream, ou si vous trouvez logique que de bons acteurs jouent les Silicon valets et cachetonnent en roue libre, alors Les Stagiaires vous ouvre les bras. Par contre, si vous préférez Dodgeball (le même principe, le même acteur, mais pas le même humour) à Rasta Rockett, passez votre chemin.