Le 10 mai 2021
Dans la Pologne muselée des années 1980, une héroïne tente de faire émerger la vérité à travers ses photographies, entre art et reportage. Un grand roman tragique et émouvant


- Auteur : Hanna Krall
- Editeur : Noir sur Blanc
- Genre : Roman
- Nationalité : Polonaise
- Traducteur : Margot Carlier
- Titre original : Okna
- Date de sortie : 1er avril 2021
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

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Résumé : Devenue photographe sur le tard, Celina souhaite donner au spectateur une vision complexe de la réalité "triste et laide" qui l’entoure. Entre son engagement citoyen et ses tourments personnels de femme adultère, elle se démène dans une clandestinité forcée.
Critique : Le roman de l’auteure polonaise Hanna Krall se situe en 1984, alors que la fédération de syndicats Solidarnosc est réprimée par le pouvoir communiste. Celina, photographe de quarante-sept ans, mariée, est enceinte d’un anthropologue avec lequel elle travaille depuis qu’elle a démissionné de son journal. Néanmoins, elle décide de documenter le procès retentissant de la mort du lycéen Gzregorz Przemyk, assassiné par la milice populaire. Elle s’expose ainsi à la surveillance des services secrets qui lui intiment l’ordre de dénoncer un opposant. Mais Celina poursuit l’engagement de sa mère, qui avait caché en son temps une femme juive et sa fille dans l’appartement familial, où elle-même vit désormais avec son mari, l’ancien fiancé de Paula, cette enfant clandestine avec qui elle a grandi. Ses photographies racontent l’ordinaire, les objets quotidiens, les femmes, et une nature banale, théâtre d’anciens massacres. Pour contrer la censure, c’est par le détail qu’elle accède à une forme de recomposition de la vérité. Hanna Krall privilégie une écriture sans fioriture et dévoile les coulisses de sa technique romanesque ; en exhibant ainsi coutures et ficelles, elle souligne la part imaginative de son œuvre. Ce parti pris peut décontenancer, mais peu à peu l’auteure s’efface derrière une héroïne qui s’émancipe, en conférant une responsabilité à son propre rapport à l’art : « puisque tu es là pour décrire, la vie met devant tes yeux des choses qui valent la peine d’être racontées ». Ce grand roman polonais tragique et émouvant dépeint la réalité d’une époque où les artistes inventent un moyen d’expression politique ne se révélant que dans la dissimulation.
160 pages - 18 euros