Road movie
Le 5 avril 2006
Une adaptation un peu poussive, peut-être pas assez libérée d’un texte qu’elle exploite avec vénération.


- Réalisateur : João Botelho
- Acteurs : Rogério Samora, André Gomes, Rita Blanco
- Genre : Comédie
- Nationalité : Français, Portugais

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– Durée : 1h40mn
– Titre original : O fatalista
– Le site du film
Une adaptation un peu poussive, peut-être pas assez libérée d’un texte qu’elle exploite avec vénération.
L’argument : "Tout ce qui, dans la vie, nous arrive de bien ou de mal ici bas est écrit là-haut." C’est la phrase préférée de Tiago, chauffeur, pour justifier ses agissements étonnants lorsqu’il conduit son patron à travers un Portugal étrange. Il lui raconte la délirante et interminable histoire de sa vie amoureuse. Une narration multiple mélangeant des histoires de sexe, de pouvoir et de lutte des classes.
Notre avis : Les classiques au cinéma sont, plus que tout autre adaptation, dans le collimateur des puristes de tout poils, et des autres, qui le sont moins. C’est que certaines œuvres littéraires frôlent parfois l’essence divine, et le vulgaire ne peut y toucher qu’avec la dévotion qu’elles méritent. C’est dire si adapter Jacques le Fataliste tenait de la conduite à risque, surtout quand on sait que le-dit Jacques y devient chauffeur de maître. João Botelho respecte le texte avec une joyeuse vénération, et son Tiago endosse le personnage avec beaucoup d’aisance. On jubile, dans ces premières scènes, et l’époque moderne se plaque à la perfection sur l’universalité du récit. Malheureusement, à mesure que l’histoire avance, il semble que le réalisateur peine à trouver un procédé qui ferait décoller l’image, lui donnant une densité propre. Le texte reste l’unique support, le reste n’est que son illustration.
Et pourtant... Le roman de Diderot se prête à toutes les folies de l’imagination, au mouvement des corps, à cette chorégraphie qui s’installe entre les deux hommes, inversant les rôles dans l’ironie, l’impertinence, l’insolence qui fait de Jacques un Maître absolu. Alors oui, Diderot célèbre la puissance de la parole et en ce sens, João Botelha est fidèle. Mais Jacques, c’est aussi la vie, le mouvement, les émotions, les bouleversements, la subversion, et là, on a parfois l’impression que Tiago est le seul à s’agiter dans cet éparpillement, le seul à y croire. Nous, on ne demanderait qu’à le suivre, mais il était sans doute écrit là-haut que Jacques se frotterait au XXIe siècle et qu’il n’y trouverait plus guère de philosophie.