Le 17 août 2020
Piégé par ses intentions esthétisantes, La Troisième femme est un beau film qui maintient malheureusement le spectateur à distance de l’émotion.


- Réalisateur : Ash Mayfair
- Acteurs : Nguyen Phuong Tra My, Tran Nu Yên Khê,, Mai Thu Huong
- Genre : Drame
- Nationalité : Vietnamien
- Distributeur : Bodega Films
- Durée : 1h36min
- Titre original : Nguoi Vo Ba
- Date de sortie : 19 août 2020

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Résumé : Dans le Vietnam rural du XIXème siècle, May, 14 ans, devient la troisième épouse du riche propriétaire Hung. Elle comprend rapidement qu’elle ne peut obtenir un statut qu’en s’imposant comme une femme capable de donner naissance à un fils. L’espoir de May de changer de statut devient réel lorsqu’elle tombe enceinte…
- Copyright Bodega Films
Critique : Le premier film de la réalisatrice Ash Mayfair est un long métrage hybride qui emprunte à la fois à l’onirisme des contes, à la chronique sociale et au récit initiatique, dans le Vietnam rural du XIXème où règne la domination patriarcale. Puisant dans l’histoire de ses aïeux, la metteure en scène cristallise le destin des femmes assignées à la maternité et à la soumission, à travers le très jeune personnage de May. La comédienne Nguyễn Phương Trà My, dont c’est le premier rôle, lui confère une belle opacité, dès les premières scènes du mariage où elle se fige dans un mutisme réprobateur, jusqu’à la tragédie prévisible, au milieu d’un champ.
Le choix délibéré d’une lenteur s’allie à un contraste de couleurs très signifiant, pour dire la fatalité d’une existence qui semble cheminer vers un déchirement, feutré par la beauté des plans. Le partage entre des tonalités froides (lorsque l’héroïne marche seule) et des environnements qu’habillent des teintes plus enflammées (à l’unisson d’une scène sensuelle entre May et une autre épouse promise à Hung), fonctionne comme la verbalisation symbolique d’un malaise. Mais cette délicatesse, assortie à la grâce de chaque séquence, a aussi son défaut : elle fige bientôt les paysages et les personnages dans une suite de tableaux dont on ne discutera pas la beauté, mais qui ont pour écueil d’aseptiser une réalité bien plus brutale. La forme n’est pas assortie à son sujet et l’on frôle à certains égards un maniérisme qui engendre quelques montages parallèles maladroits (la larve du cocon mise en en rapport avec la gestation). Tout en souscrivant aux intentions de la réalisatrice, on demeure à distance des protagonistes, à cause d’une mise en scène trop statique et trop esthétisante, qui fait obstacle.
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